2001-2025 : 25 œuvres d’art numérique ayant marqué le 21ème siècle (2/5)

2001-2025 : 25 œuvres d'art numérique ayant marqué le 21ème siècle (2/5)
 “ZEE”, de Kurt Hentschläger © Bruno Klomfar

Un quart de siècle touche à sa fin. L’occasion de fouiller dans nos souvenirs et de se remémorer les œuvres issues du champ du numérique qui, ces vingt-cinq dernières années, ont bousculé, questionné et réinventé le monde de l’art. Ni classement, ni exhaustivité ici, simplement une belle cartographie des années 2001-2025, un voyage parmi des créations qui se sont appuyées sur l’IA, la VR, les NFTs, la XR ou la robotique pour imposer à nous d’autres regards, d’autres réalités.

Dans un monde virtuel, une mégalopole est érigée au milieu de l'eau.
RBM City © Cao Fei

Cao Fei – RMB City (2007)

À l’image du reste du monde, qui découvre alors les possibilités d’Internet, Cao Fei approche 2007 avec l’envie d’explorer les tréfonds du web. Mais là où la plupart des gens se contentent de rire face à des GIFS ou s’envoient des Wizz sur MSN, l’artiste originaire de Pékin voit en ces nouveaux outils une source de créativité. Son terrain d’exploration préféré ? Le jeu de simulation Second Life, au sein duquel elle imagine un projet d’urbanisme virtuel, où se croisent différentes visions de l’avenir – utopiques, ironiques et baroques. Inspirée par l’architecture chinoise, RMB City rassemble tradition millénaire, mégapoles contemporaines et symboles post-modernes comme autant de fragments d’une mémoire collective : ici, les tours de verre côtoient les temples anciens, le communisme flirte avec le capitalisme, le virtuel se mêle au monde réel.

Dans un souciC de porosité toujours plus forte, Cao Fei a fini par habiter cette ville à partir de 2009 sous les traits de son avatar, China Tracy. Une façon d’incarner son projet qui, sous ses airs de jeu vidéo, critique frontalement les contradictions de son pays, la Chine, où règnent l’isolement et la division des classes, et au sein duquel n’importe qui pouvait naviguer librement jusqu’en 2011.

Une femme face à sa webcam avec des cliparts autour d'elle.
VVEBCAM © Petra Cortright.

Petra Cortright – VVEBCAM (2007)

Avant les influenceurs, il y avait Petra Cortright. Réalisée pour YouTube, son oeuvre VVEBCAM s’inspire des camgirls d’antan pour s’amuser du voyeurisme d’Internet. Le concept est simple : devant sa webcam, l’artiste se filme, sans émotion, et fait défiler des cliparts autour d’elle. Une fois postée, la vidéo est référencée avec des mots-clés trompeurs copiés sur des comptes spam, attirant les surfeur du web en quête de contenu érotique pour ensuite les piéger dans les commentaires. Là où la camgirl flatte, Petra Cortright, elle, dérange. Et n’hésite pas à engager de véritable joutes verbales sous sa vidéo. Si les mots font parti de l’oeuvre, c’est eux qui la détruiront. En effet, en 2010, YouTube finit par supprimer la vidéo de l’artiste, la jugeant non-conforme à son règlement.

VVEBCAM n’en reste pas moins une réflexion sur la nature hypocrite de notre rapport au web, à la fois puritain et terriblement voyeur, qui a permis à Petra Cortright d’avoir une véritable longueur d’avance sur son temps : en effet, suite à cette oeuvre, l’Américaine s’est associée à Ilia Ovechkin pour donner vie à un algorithme pouvant convertir en valeur monétaire le nombre de vues de ses publications. Et ainsi faire émerger toute une génération de créateurs de contenus dont on se plait à observer la vie, voire à l’envier, même quand celle-ci ne présente aucun intérêt majeur. /ZT

Dans le noir, des spectateurs déambulent au sein d'une lumière noire et blanche en forme de code barre.
Test Pattern © Ryoji Ikeda

Ryoji Ikeda – Test Pattern (2008-)

En quête de transversalité, Ryoji Ikeda est de ces artistes qui peuvent se vanter d’avoir rendu cool les mathématiques, d’avoir abordé avec brio la mécanique quantique à travers des dispositifs algorithmiques audiovisuels aussi minimalistes qu’hypnotiques. Particulièrement évidente dans son travail mené à la fin des années 2000, cette approche est, à en croire John Zeppeteli, ancien directeur du Musée d’art contemporain de Montréal, une manière d’aller « au-delà des limites de la rationalité et de la cognition humaine », à la recherche d’« une beauté dépouillée et sublime ».

Test Pattern, c’est exactement ça : l’œuvre multiformes (concert, album, exposition) d’un artiste qui ne cesse de questionner la perception entre objets graphiques et sonores, qui semble obsédé à l’idée d’explorer les propriétés physiques des ultrasons dans le but de répondre à trois grandes interrogations. Comment le monde hyperconnecté nous affecte-t-il ? Comment faire face à la prolifération des données au sein des réseaux numériques ? Quelle nouvelle donne humaine et socioculturelle les nouveaux médias importent-ils ? Ou comment utiliser les éléments informatiques comme matériaux à des installations/performances aussi imposantes qu’immersives. /MD

Reproduction virtuelle du "Jardin des délices" de Jérôme Bosch.
Civilization ©Marco Brambilla

Marco BrambillaCivilization (2008)

Digne hériter de Jérôme Bosch, Marco Brambilla ? Avec son tableau cinématographique Civilization, intégré à sa série « Megaplex », l’artiste livre sa version du Jardin des délices, constitué à partir de plus de 300 clips vidéos. Étrange, cette symphonie excessive nous fait voyager du paradis aux enfers en puisant dans les mythologies contemporaines et les affres du web. On ne traverse ainsi plus uniquement les cieux et les limbes, mais nos propres rêves fragmentés, notre civilisation, presque caricaturée, et nos craintes les plus ancrées. Une boucle hypnotique d’iconographies partagées, entre références hollywoodiennes et culture populaire, qui n’est pas sans rappeler la Divine Comédie de Dante, aussi ironique que mordante. Un entre-deux recherché par l’artiste, pour qui Civilization invite à « une réflexion sur l’interaction entre la morale, l’aspiration et le spectacle des médias modernes ».

Ultra-littéral, Marco Brambilla n’a pas conçu son oeuvre pour un musée, mais pour être installée dans des ascenseurs, illustrant parfaitement cette double idée de descente aux enfers et d’ascension divine. Déployée de façon permanente au coeur du monte-charge du Standard Hotel à New-York, l’installation vidéo a tout de même fait quelques escales dans certaines institutions prestigieuses, comme le Palais des Beaux-Arts de Lille ou l’Hôtel de Ville de Toronto. /ZT

 ZEE © Kurt Hentschläger

Kurt Hentschläger – ZEE (2008)

Bien avant de jouer avec l’obscurité dans SUB, Kurt Hentschläger avait fait du brouillard – extrêmement dense, forcément – le décor de ses recherches autour des lumières stroboscopiques et de la façon dont elles peuvent troubler les repères, instaurer le doute, encourager une forme de tabula rasa. Kurt Hentschläger, un architecte psychédélique déterminé à user de l’environnement spatial pour permettre à chaque visiteur d’accéder à plein état de conscience ? Un adepte de l’abstraction, capable de faire tanguer le monde de l’art à l’aide de dispositifs finalement assez minimalistes ?

Depuis au moins ZEE, présentée au FACT de Liverpool en 2008, il partage en tout cas avec Kasimir Malevitch, à qui on le compare parfois, un même rejet des formes, un même désamour pour la flamboyance de la couleur. /MD

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