2001-2025 : 25 œuvres d’art numérique ayant marqué le 21ème siècle (3/5)

2001-2025 : 25 œuvres d'art numérique ayant marqué le 21ème siècle (3/5)
“CryptoPunks” © Larva Labs

Un quart de siècle touche à sa fin. L’occasion de fouiller dans nos souvenirs et de se remémorer les œuvres issues du champ du numérique qui, ces vingt-cinq dernières années, ont bousculé, questionné et réinventé le monde de l’art. Ni classement, ni exhaustivité ici, simplement une belle cartographie des années 2001-2025, un voyage parmi des créations qui se sont appuyées sur l’IA, la VR, les NFTs, la XR ou la robotique pour imposer à nous d’autres regards, d’autres réalités.

Dans le noir d'une salle de cinéma, des spectateurs observent le tic-tac d'une horloge.
The Clock © Christian Marclay

Christian Marclay – The Clock (2010)

24 heures. Voici la durée de l’oeuvre de Christian Marclay. Après avoir collecté des milliers d’extraits de films affichant l’heure sous mille et unes manières, l’artiste californien a rassemblé les montres, réveils ou dialogues afin de créer une boucle complète d’une journée entière. Plus perfectionniste encore, celui qui exposait cette année au Jeu de Paume, dans le cadre de l’exposition Le monde selon l’IA, a synchronisé le film avec notre cadran, ce qui fait que si l’on regarde The Clock à 18h, la vidéo affichera la même heure. Unique en son genre, l’installation a valu à son créateur de remporter le Lion d’or du meilleur artiste en 2011, lors de la Mostra de Venise.

Du thriller en noir et blanc à la comédie, en passant par le nanar ou le film d’art et d’essai, Christian Marclay puise dans un répertoire sans fond pour donner vie à son projet, sans jamais poser un regard élitiste ou classiste sur le cinéma. Amoureux de l’image en mouvement, ce digne héritier du mouvement Fluxus a su séduire, grâce à la parfaite simplicité de The Clock, les plus grandes institutions du monde comme la presse, dithyrambique au sujet de son travail. Alors que le Guardian considère l’installation comme « un chef-d’œuvre de notre époque », le New York Review of Books, parle, lui, d’un film « ni bon ni mauvais, mais sublime ». /ZT

Sur un fond d'écran numérique, une femme avec un kimono japonais effectue des mouvements de présentation.
How Not To Be Seen © Hito Steyerl

Hito Steyerl – How Not To Be Seen (2013)

Dans une société où tout tend à être représenté, montré, partagé, l’invisibilité n’est-elle pas un acte socialement engagé, une manière de contrôler un tant soit peu les technologies numériques ? Inspirée par un sketch des Monty Pythons, Hito Steyerl envisage en tout cas How Not to Be Seen: A Fucking Didactic Educational .MOV File comme un tutoriel vidéo permettant d’éviter l’objectif des caméras. Le ton est ludique, le montage, foisonnant, mais le propos, lui, est très sérieux, ouvertement politique.

À l’instar du film d’art de Zach Bas, Facial Weaponization Communiqué: Fag Face, révélé un an plus tôt, il s’agit ici d’interroger la surveillance étatique, le contrôle des données et la manipulation des images dans les dispositifs numériques. En près de seize minutes, How Not to Be Seen s’impose ainsi comme une œuvre hybride, rudimentaire dans son dispositif et pourtant pointue dans les technologies employées, parodique sur la forme et pourtant éminemment théorique. /MD

Un avatar d'homme au crâne rasé allongé nu sur une table un verre à la main.
Ribbons © Ed Atkins

Ed Atkins – Ribbons (2014)

À force de dire que le virtuel représente le futur de l’art contemporain, certains artistes ont visiblement fini par vouloir donner vie à cette affirmation. L’hypothèse prend encore davantage d’épaisseur en 2014 lorsque l’artiste britannique Ed Atkins investit le Palais de Tokyo avec quelques questions en tête : comment échapper aux vies qui tournent en rond ? Comment ne pas être aliéné dans un monde où règne le capitalisme ? Ne sommes-nous pas tous ignorants face à ces outils aux possibilités illimitées ?

De ce questionnement découle Ribbons : installation monumentale déclinée en un triptyque vidéo de haute définition chargé de mettre en images une recherche sur la beauté du langage, d’entremêler bon nombre d’artifices visuels (floutages, 3D, références cinématographiques…) et de plonger dans les méandres de l’expérience humaine. Le tout via la présence de ce personnage, possédé, cruel, effrayant, rongé par les maux d’une époque où la représentation de soi compte plus que tout. /MD

Emissaries © Ian Cheng

Ian ChengEmissaries (2015-2017)

Trilogie de simulation en direct créées à l’aide d’un moteur de jeu vidéo, Emissaries est décrit par son auteur comme un ensemble de « jeux vidéos qui se jouent tout seul ». Grâce à des technologies prédictives habituellement utilisées pour anticiper un changement climatique majeur ou le résultat d’une élection, l’artiste américain encourage ici l’évolution d’un système autonome, mais sans jamais perdre le côté ludique de la console. Présentée comme une installation de grande envergure, chaque « Emissary » transforme totalement le lieu dans lequel il prend place ; sous la houlette d’Ian Cheng, celui-ci devient alors un espace ouvert, consacré à la simulation, où tout se crée, tout se construit, tout se génère ou s’auto-alimente.

Pouvant culminer jusqu’à trois mètres de haut, les installations de Ian Cheng sont pleinement immersives, et placent le spectateur au coeur d’une narration qui se déploie en temps réel. Récemment présentées au MoMA sous la forme d’une exposition XXL, les Emissaries ont connu un second souffle, prolongées grâce à une diffusion en direct sur Twitch – une autre manière, en somme, d’inciter les curieux du monde entier à faire partie de l’expérience. /ZT

Portrait d'un avatar féminin pixelisé.
CryptoPunk © Larva Labs

Larva Labs – Cryptopunks (2017)

Impossible d’être passé à côté de cette galerie de portraits pixelisés. Lancé en juin 2017, le projet artistique interactif CryptoPunks s’est rapidement fait une place sur la blockchain Ethereum. Et pour cause : en proposant 10 000 personnages de 24×24 pixels générés par un algorithme, Matt Hall et John Watkinson surfent avec la nostalgie de la collection et séduisent immédiatement. Au passage, ils posent même les base d’un véritable mouvement : celui de l’art NFT.

Le projet visait à apporter des éléments de réponse à une question très pertinente : collectionner des objets numériques peut-il procurer la même sensation que de collectionner des objets physiques ? Mais les petits singes et autres icônes CryptoPunks deviennent très vite un phénomène qui dépasse tout entendement. « Ce qui n’était au départ qu’une expérience de propriété numérique est devenu le catalyseur d’un mouvement artistique moderne, le prototype des NFTs tels que nous les connaissons, et un phénomène culturel dont l’influence ne cesse de croître, » analysent les deux créateurs derrière Larva Labs. Car oui : en 2017, le terme NFT n’existe pas encore. Quant à la vente dématérialisée d’art, elle n’en est qu’à ses balbutiements. « Aucune règle n’encadrait l’existence de l’art numérique sur une blockchain, » poursuivent les deux compères, qui réalisent ici le combo parfait entre oeuvre d’art, cartes à collectionner et révolution pour le monde du marché de l’art. Les CryptoPunks, une « pierre de Rosette » de l’art numérique sur la blockchain ? Ces portraits ont en tout cas été acquis par le Centre Pompidou et ont depuis été vus dans les collections permanentes d’institutions internationale, comme l’ICA Miami, ou le LACMA. /ZT

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