Aux confins du tangible et de l’évanescent, la Biennale Némo revient cet automne avec une promesse : faire vaciller les certitudes, non par la magie de l’illusion, mais par sa mise à nu. Une noble intention, complétée par une programmation d’une exigence fascinante.
Intitulée « Les illusions retrouvées », cette nouvelle édition de la Biennale Némo, effective du 11 octobre 2025 au 11 janvier 2026, s’attache à révéler ce que nos perceptions masquent, et ce que nos technologies révèlent malgré elles. Loin du simple trompe-l’œil, l’illusion devient ici un outil critique, dont s’emparent la trentaine d’artistes conviés à investir l’espace du CENTQUATRE‑PARIS et de vingt-trois autres lieux franciliens afin de sensibiliser les spectateurs à l’art numérique et à ses enjeux. Il y a donc comme un lien évident entre l’édition précédente, datée de 2023, et celle-ci, notamment dans cette volonté d’interroger les apparences, de dévoiler les mécaniques souterraines du monde numérique, et de faire surgir, au cœur de l’art, une lucidité nouvelle.
L’illusion comme prisme du réel
Au CENTQUATRE‑PARIS, une quarantaine de propositions artistiques, souvent immersives, parfois vertigineuses, déclinent l’illusion sous toutes ses formes : optique, sonore, algorithmique, mentale. Certaines s’attaquent à la matérialité du visible, d’autres plongent le spectateur dans des environnements mouvants, instables, où la perception elle-même devient sujet de friction. L’illusion, ici, n’est pas un refuge, mais un révélateur. Avec Flock Of, Bit.studio fait voler les poissons, quand The Performance Corporation libère la voix des captifs avec We Who Live Under Heaven, un opéra en réalité mixte. Quant au reste de la programmation (Guillaume Marmin, Mounir Ayache, Obvious, Libby Heaney, Bruce Eesly, Anne Horel…), disons qu’elle rassemble la fine fleur de l’art d’aujourd’hui pour faire le pont entre présent et avenir.
Un programme XXL qui frappe fort dès la soirée d’ouverture, pensée aux côtés de Franck Vigroux, Max Cooper et Kurt d’Haeseleer comme une traversée sensorielle, entre installations immersives et concerts audiovisuels. Le visiteur est invité à s’abandonner à une esthétique du trouble, à participer à un ballet de données et de reflets, un chant synthétique où la voix humaine devient code. Mais derrière l’envoûtement, une question persiste : que disent nos illusions de ce que nous ne voulons pas voir ? L’art numérique convoque ici non pas un monde fantasmé, mais l’écho sensible de nos contradictions : identités dédoublées, réalités fracturées, vérités flottantes.

Politique des apparences
Des questions qui n’existent pas sans une grille de lecture sociale et politique de l’illusion, jamais éludée par la Biennale. À travers les œuvres présentées, c’est une critique subtile mais acérée qui se dessine. Celle d’un monde saturé d’images, où le faux peut devenir plus réel que le vrai, et où la technologie, loin d’être neutre, façonne nos croyances, nos émotions, notre rapport au monde. En révélant l’illusion, les artistes en révèlent aussi le pouvoir : celui de manipuler, de fasciner, mais aussi de libérer – c’est bien une forme de lucidité poétique que cette édition met en jeu.
En trois mois d’exposition et de performances, la Biennale explore les failles du numérique, interroge ses promesses ambiguës, ses vertiges cachés. L’illusion n’est plus ici un leurre, mais un langage. Celui d’un réel devenu instable, où seul l’art semble encore capable de nous orienter.
- Biennale Némo, du 11.10.25 au 11.01.26, au CENTQUATRE‑PARIS et dans une vingtaine de lieux culturels franciliens, Paris.