Présentée jusqu’au 4 avril, l’exposition Lettres à Vera, imaginée par Agnès de Cayeux à l’Avant Galerie Vossen, prend la forme d’un dialogue étonnant avec l’artiste franco-hongroise Vera Molnár. Une conversation posthume, certes, mais ô combien vivante.
Au 58 rue Chapon, c’est une étonnante correspondance qui s’annonce, entre l’artiste Agnès de Cayeux et son aînée, la regrettée Vera Molnár, disparue en 2023. Un procédé habituelle pour Agnès de Cayeux qui a déjà « échangé » avec d’autres grands noms féminins de la science et de l’art. « Le code me fascine, livre-t-elle, Les langages informatiques m’inspirent. Les femmes et les machines qui en traversent l’histoire me dévorent, telles Ada Lovelace et sa fameuse Note G, Grace Hopper et son premier langage informatique Cobol… » Ainsi, pendant plus d’un an, la plasticienne française a creusé dans la vie et les souvenirs d’une d’entre elles, qui n’a jamais cessé de penser l’art comme une expérience : Vera Molnár, donc.


Correspondre avec un être absent
Pour donner vie à cette exposition, Agnès de Cayeux a mené une véritable enquête, et livre un projet à la fois intimiste et méthodologique. Un hommage singulier à Vera Molnár, pionnière de l’art algorithmique, où la recherche, l’écriture et la mémoire se mêlent en une correspondance imaginaire. Comment écrire à une artiste disparue ? Comment dialoguer avec celle qui a fait des lignes, des algorithmes et du hasard les outils d’une pensée artistique radicale ? Pour répondre à ces questions, Agnès de Cayeux a patiemment recopié les dix premiers journaux intimes de l’artiste, avant de suivre ses traces, de Paris à Budapest, en passant par la plage du Hôme-Varaville. Archives, souvenirs, paysages, lieux de mémoire… Chaque étape nourrit un journal de travail au sein duquel Agnès de Cayeux note ses impressions, photographie, filme et programme.
Cette quête traverse aussi les institutions et les traces matérielles laissées par Molnár : les archives du Centre Pompidou, les fichiers d’un ancien CD-Rom contenant ses journaux intimes, ou encore les lieux où reposent ses cendres. Peu à peu, l’enquête devient récit, pensé sous la forme de lettres adressées à l’artiste hongroise. Ces lettres sont le cœur de l’exposition. Elles constituent moins un hommage figé qu’un dialogue en mouvement entre deux artistes, deux époques et deux manières de penser les machines. Vera Molnár avait fait de l’ordinateur un outil de création dès les années 1960, explorant les variations géométriques et les jeux de règles qui structurent l’image. Agnès de Cayeux, elle, prolonge cette intuition : écrire à une artiste, c’est aussi écrire avec elle. Les mots deviennent des lignes, les hypothèses des formes, les fragments de mémoire des programmes. Quant à Lettres à Vera, l’exposition prouve qu’une oeuvre peut continuer de dialoguer avec le présent, même après la disparition de son auteur.e, tant qu’il reste quelqu’un pour lui écrire.