La célèbre et précieuse Serpentine Galleries a récemment inauguré « Future Art Ecosystems », une bourse de recherche et développement destinée à quatre artistes aux pratiques situées entre création visuelle et technologie. L’objectif ? Penser l’intelligence artificielle comme un territoire créatif infini, qui ne demande qu’à être exploré.
Pour cette rentrée 2026/2027, la Serpentine Gallery lance son tout nouveau programme de bourses, et choisit d’explorer le vaste sujet de l’IA à travers le prisme de l’imaginaire. « Alors que les débats sur des technologies telles que l’intelligence artificielle se limitent aux questions de capacités, de sécurité et de parts de marché, une question plus fondamentale se pose : qui a le droit d’imaginer ce que signifie vivre avec ces technologies ? », questionnent notamment les équipes de la galerie londonienne. Pendant six mois, quatre artistes et chercheurs vont donc explorer, à leur manière, les recoins de notre cohabitation avec les machines. Des artistes triés sur le volet par un jury de poids composés de Refik Anadol, Cao Fei, Holly Herndon ou encore la responsable IA de Google DeepMind Lila Ibrahim, et soutenus par un partenariat de trois ans avec Glass Castle, jeune fondation artistique présidée par le cofondateur de Quadrature Capital.

Quatre trajectoires animées d’une même passion
Cette première promotion a de quoi intriguer ! Alfredo Salazar-Caro, artiste et co-fondateur du musée virtuel DiMoDA (Mexico) croise via les technologies les savoirs ancestraux et les architectures post-numériques à la recherche d’un outil de résilience écologique, tandis que Alice Bucknell, depuis Los Angeles, s’attaque aux « world models », ces systèmes d’IA capables de simuler des environnements entiers et d’en prédire l’évolution, de la robotique à la météo, afin d’imaginer des jeux vidéo d’un autre genre. À Rome, la sculptrice numérique Auriea Harvey (découverte au Centre Pompidou en 2024) s’intéresse au maillage polygonal comme un matériau à part entière, faisant le lien entre monde réel et virtuel, pendant que la doctorante d’Harvard Reina Mun, architecte de formation, s’intéresse à la manière dont le grand public s’approprie les IA et les nouvelles technologies.
Aussi éclectique soit-elle, cette sélection a pour point commun d’envisager « la technologie non comme un produit fini, mais comme un terrain d’expérimentation dont les hypothèses, les limites et les potentialités restent à redéfinir », précisent les équipes de la Serpentine. Chacun d’entre eux recevra également une dotation financière, profitera d’un séjour de travail à Londres et bénéficiera d’un mentorat sur mesure, dans un format hybride mêlant des sessions en ligne et des ateliers intensifs sur place. Une manière pour la Serpentine de prolonger un engagement entamé dès 2019 avec son pôle Future Art Ecosystems, déjà consacré à la blockchain, au jeu vidéo et à l’IA. Celui-ci, rappelons-le, avait déjà accompagné des artistes tels que Refik Anadol ou le duo Holly Herndon & Mat Dryhurst. La boucle est bouclée.