Une galerie peut-elle vivre en dehors de quatre murs ? Oui, à en croire le pari que s’est lancée Annelise Stern, fondatrice de la galerie Art Girls, qui a récemment annoncé sur ses réseaux sociaux fermer son espace, pour mieux le développer ailleurs.
« La galerie ferme définitivement, » a pu-t-on lire sur le compte Instagram d’Art Girls ce dimanche 17 août. Mais rapidement, l’étonnement fait place au soulagement : « Stop, on se calme, c’est une bonne nouvelle. » Car oui : pour sa fondatrice et directrice, Annelise Stern, le modèle du white cube « est mort », et lutter contre ne sert à rien. « La mauvaise nouvelle aurait été la suivante : Art Girls continue de se développer comme une galerie d’art contemporain traditionnelle, poursuit la spécialiste de l’art numérique au féminin. Je me mords les lèvres d’avoir perdu presque deux ans… Deux ans à m’efforcer de lisser tous les contours de ma boîte. À essayer de rentrer dans un moule qui n’était pas taillé pour moi. À vouloir rassurer un monde que je voulais justement bousculer. »

« Le modèle est mort »
Ouvert en 2024 avenue de Sceaux, à Versailles, l’espace promettait en effet d’être une petite révolution dans le monde de la monstration d’œuvres. Déjà, il boudait Paris et ses rues pavées de galeries, pour attirer l’œil sur la périphérie. Ensuite, il proposait une sélection pointue d’artistes féminines, aux supports aussi variés qu’audacieux. Parmi les artistes représentées, notons par exemple la Coréenne June Kim, la réalisatrice Marine Bléhaut (qui figurait dans nos 15 artistes à suivre en 2025), Sasha Katz et ses œuvres 3D ou encore diverses spécialistes de l’IA (LE MOON, luluxxx).
Alors, pourquoi tout arrêter ? « Parce que je pense que le modèle de la galerie d’art traditionnelle, celle avec son local, son white cube, ses artistes, ses expositions tous les mois, ses vernissages, ses collectionneurs qu’on compte sur ses deux mains… Je pense que ce modèle est mort, » raconte Annelise Stern.

Qu’est ce qui change ?
Alors, la galerie Art Girls est-elle morte ? Loin de là. « Art Girls ne ferme pas. Art Girls pivote, » rassure sa fondatrice. « On ne vend plus d’œuvres en tant qu’objets physiques. On ne court plus après aucun collectionneur d’art. On ne participe plus à aucune foire d’art, énumère cette férue d’art numérique, En revanche, on continue à défendre coûte que coûte les artistes femmes. Concevoir des campagnes artistiques qui font bouger les lignes. Travailler avec des intuitions, des marques et des collectivités qui veulent toucher un public autrement. Faire entrer l’art là où on ne l’attend pas. Dans la rue, sur les feeds, dans les récits. » Finalement, en changeant de cap, Art Girls ne renoue-t-elle pas avec son positionnement de départ ? « Je n’ai plus envie de faire joli. Je veux faire nécessaire. Et faire ensemble, résume Annelise Stern, La galerie ferme, oui. Mais l’histoire, elle, ne fait que commencer. »
Sans transition, la galerie devient ainsi un studio créatif dédié aux artistes femmes, un lieu pensé pour accompagner les créatrices dans leurs processus, une organisation bien décidée à imaginer, produire et diffuser les œuvres de ces dernières, militant pour une meilleure visibilité et rémunération des plasticiennes. Pour le dire autrement, Art Girls continue, à sa manière, de s’opposer à un marché de l’art fatigué et fatigant, tout en soutenant le coeur de ce qui fait ce monde si perturbé : les artistes.