À l’intersection exacte de la sculpture, du field recording et des installations multimédia, Alexis Puget intrigue par ses narrations spéculatives, héritées de la science-fiction et de la capacité de cette dernière, comme le prétendait l’auteur Kim Stanley Robinson, à incarner le « réalisme de notre temps ».
Diplômé de la Haute Ecole des Arts du Rhin (2024), Alexis Puget est ce que l’on pourrait décemment appeler un enfant d’internet. Né en 2000, le Strasbourgeois, aujourd’hui résident à Artagon (Pantin), y puise sa grammaire, y mène ses recherches, persuadé de pouvoir y saisir le réalisme de notre temps. Qu’il traduit ensuite, là est son intelligence, dans des installations multimédia augmentées par des éléments sculpturaux et une approche presque cinématographique de l’image documentaire. « Je m’intéresse au potentiel fictionnel, poétique et cinématographique de matières documentaires que je vais archiver dans des enquêtes au long cours. Souvent des espaces physiques ou digitaux. Souvent, les deux en même temps », disait-il l’année dernière à l’occasion d’une résidence au Bel Ordinaire.

Un art de la recherche
Une radio pirate, un site archivant des vidéos présentées dans le cadre d’une exposition, une pratique sculpturale, un live chat sur YouTube, des œuvres pensées comme de longues enquêtes qui n’aboutissent jamais vraiment… Il y a chez Alexis Puget une réelle volonté d’explorer, d’être un chercheur au sens propre du terme, mais aussi de ne pas se contenter du monde tangible. Le virtuel et le réel sont chez lui deux espaces complémentaires, en dialogue constant, au service exclusif de narrations spéculatives. « Sculptures documentaires aux allures de contes, autopsies d’objets industriels, romans internet, cinéma sans son et sans image, radio pirate et cages de faraday, mes pièces s’arrachent au réel et puisent dans la science-fiction et le cinéma de genre un ensemble de signes culturels déplacés à la lumière d’histoires contemporaines », complète-t-il.

Continuum pop
S’il était musicien, on dirait d’Alexis Puget qu’il est un formidable sampler. Parce qu’il puise dans différents domaines pour mieux les articuler autour d’un même propos. Parce qu’il tord le temps et crée un continuum évident entre les différentes sources auprès desquelles il s’abreuve (la culture emo, les pochettes DVD, les selfies, les communautés sur Facebook, etc.). Et parce qu’il y a chez lui ce sens du DIY, du mélange incongru, ce regard curieux de l’artiste qui emprunte des éléments du passé, non par fausse nostalgie, mais pour se jouer des affects qu’ils charrient.
À l’image de Just Like Heaven (là encore, un clin d’œil à un morceau des Cure) : un ampli, un perfecto noir et deux sièges de cinéma. Il n’en faut pas plus, tout est là : la réflexion sur le son, les références culturelles, et cette volonté de ne jamais figer l’imaginaire de celui ou celle qui observe.
- Cet article est extrait du n°79 de notre newsletter éditoriale.