Entre installations satellites, rétrospectives historiques et expérimentations numériques, la dernière édition d’Art Basel a confirmé ce que l’on imaginait déjà : la foire est loin d’avoir dit son dernier mot.
Si Art Basel reste, sur le papier, affaire de stands et de cimaises, l’édition 2026 a une nouvelle fois prouvé que l’essentiel se joue aussi dans les institutions voisines, qui rivalisent d’audace pour capter l’attention d’un public venu du monde entier. Cette année, trois propositions se distinguent par leur manière d’interroger notre rapport au temps, aux réseaux et aux éléments, entre archéologie numérique, art génératif historique et catastrophe climatique filmée. Suivez le guide !

De l’art génératif au net.art
Au Kunstmuseum Basel, Possibilities offre une plongée dans l’œuvre gravée de Vera Molnár, grande dame de l’art pensé par ordinateur. Vingt-huit éditions, toutes réalisées entre 1991 et 2023 à l’Atelier Éditions FANAL de Bâle, y dévoilent une artiste fascinée par ce qui se produit lorsque l’on perturbe à peine une forme géométrique. Une posture parfaitement illustrée par sa série Triangles (2023), née de l’observation quotidienne de la lumière traversant la porte de sa chambre en maison de retraite, qui transforme la rigueur du calcul en une poésie rare.
Du côté de la HEK, l’exposition Early Net Art a profité de la semaine bâloise pour exhumer cinq pièces fondatrices de la collection, signées !Mediengruppe Bitnik, etoy, JODI, UBERMORGEN et Studer/van den Berg. Archives web, détournements de jeux vidéo, glitches, sons pilotés par la donnée… La sélection retrace ce moment charnière où des artistes ont commencé à envisager Internet non pas comme un simple outil, mais comme un médium et un espace à part entière. Une généalogie bienvenue à l’heure où l’art né du réseau s’expose désormais en institution.

Shuang Li, en pleine tempête
Pour découvrir notre troisième et dernier coup de cœur de l’édition 2026, il fallait se rendre à la Kunsthalle Basel, où Shuang Li signait sa première exposition institutionnelle en Europe avec Alliance. Au centre du dispositif ? Une installation filmique inédite consacrée au « storm chasing », cette traque obsessionnelle des tornades et ouragans popularisée sur les réseaux sociaux. Plutôt que d’illustrer un discours sur la technologie, l’artiste en restitue la texture sensorielle. Le bruit, le poids, l’attention qui se disperse en dix directions à la fois, deviennent le centre de son travail. Une œuvre qui érige la tempête en métaphore filée de nos vies hyperconnectées et rappelle que la catastrophe n’est pas réellement le sujet : elle est simplement la seule description honnête de notre époque.