Vous êtes à cours d’idée pour les cadeaux de Noël ? Entre essais interrogeant notre rapport à la technologie et livres d’art plus personnels, voici cinq ouvrages dédiés à la création numérique, parfaits pour être glissés sous le sapin.
Que ce soit pour prolonger le souvenir d’une oeuvre ou se plonger dans une lecture critique, offrir un livre à Noël, c’est toujours une bonne idée. Alors à l’aube de 2026 (oui, déjà), Fisheye Immersive vous propose sa sélection d’ouvrages essentiels, à offrir… ou à garder pour soi.

Screenshots From a Series of Videos About a Rice Field and Its Surroundings – Cintia Tortosa Santisteban
Depuis le 5ᵉ étage de son modeste appartement japonais, Cintia Tortosa Santisteban observe un petit monde en mouvement. En bas, un champ de riz s’étend, ponctué par les allées et venues des passants, des enfants et des paysans, chacun suivant son propre rythme, à pied, à vélo ou en voiture. Chaque jour, l’artiste espagnole filme ces scènes comme un rituel intime, capturant les gestes et détails que la vie ordinaire rend invisibles. Ces images, extraites de ses vidéos quotidiennes, forment cet ouvrage poétique où chaque instant, aussi bref soit-il, révèle la singularité de ce quotidien qui se répète mais ne se ressemble jamais.
- Screenshots From a Series of Videos About a Rice Field and Its Surroundings, de Cintia Tortosa Santisteban, Chose Commune, 160 pages, 107 photographies, 35 euros.

Memaganda – Yugnat999
Au fil des années, les mèmes sont devenus bien plus que de simples blagues virales : ils sont un langage visuel et conceptuel à part entière, capable de mêler satire, nostalgie, absurdité et art pur. Curaté par le roi du mème à la française, Yugnat999, MEMAGANDA tente de capturer cette intensité éphémère et de la transformer en objet tangible, un livre où chaque image, chaque référence, amuse autant qu’elle émerveille. Loin d’être un simple recueil humoristique, l’ouvrage expose la puissance esthétique des mèmes et leur capacité à provoquer une réflexion critique sur la société et la culture numérique. Si certains surprennent et que d’autres dérangent, tous participent à la compréhension de notre monde contemporain.
- Memaganda, de Yugnat999, JBE Books, 280 pages, 25 euros.

Böner Kebab – Robin Lopvet
« Ça parle de malbouffe visuelle, pas de Kebab. » Pensé par l’artiste Robin Lopvet, l’ouvrage fait dérailler les familles souriantes des banques d’images : là où, par exemple, l’on attendrait un nourrisson dans les bras de sa mère, apparaît un sandwich impeccablement généré par IA. Un glissement absurde qui révèle combien ces scènes de bonheur ne sont que formules interchangeables, au sein desquelles l’intime devient un énième produit visuel. Un second livre, cette fois-ci purement textuel, analyse en complément les mécanismes de l’IA qui rendent possible cette fabrication d’un réel truqué. Ensemble, les deux ouvrages composent une critique de la manière dont le bonheur est fabriqué, consommé et digéré… Un peu comme un McDo finalement.
- Böner Kebab, de Robin Lopvet, autoédition, distribué à la libraire le Monte-en-l’air (Paris XXe arrondissement). 12 euros et 5 euros.

L’art au temps de l’IA aux éditions Centre Pompidou
Pour les nostalgiques du Centre Pompidou, ce livre ne remplacera peut être pas vos déambulations dans les escalators, certes, mais il poursuit la mission du musée, à savoir nous exposer à la création la plus actuelle qui soit. Cet ouvrage rassemble ainsi des voix venues de l’art et de la recherche pour éclairer, de manière accessible, ce que l’apprentissage automatique fait basculer dans la pratique artistique contemporaine. À partir d’exemples concrets et d’outils qu’ils manipulent au quotidien, les auteurs montrent que la machine ne sert plus seulement à générer des images sur commande. Elle déplace le rôle de l’artiste, modifie la nature même de l’œuvre, transforme la performance en un espace partagé entre humain et algorithme. Et, in fine, fait émerger de nouvelles formes d’interaction.
- L’art au temps de l’IA, sous la direction de Pierre Saint-Germier et Jean-Louis Giavitto, Éditions cu Centre Pompidou, 196 pages, 24€

Photographie, jeu vidéo, paysage – Pascal Greco
En photographiant des mondes issus du jeu vidéo, Pascal Greco délaisse le réalisme pour écouter ce que les images font vibrer en nous. À une époque où les flux numériques, l’IA et les plateformes modèlent nos perceptions, le virtuel ne peut pas simplement faire office de simple décor. Il agit, déstabilise, infiltre le réel. Ses paysages pixelisés deviennent alors des territoires sensibles, où se brouillent les frontières du monde tangible, répertorié dans un livre qui célèbre l’expérience, plutôt que la prouesse technique ou l’illusion parfaite. Au fil des pages, l’artiste devenu auteur cherche une attention plus lente de notre part, une façon de renouer avec le regard, ne serait-ce que pour réinventer notre lien au visible et au vivant.
- Photographie, jeu vidéo, paysage, de Pascal Greco, IDPURE Éditions, 128 pages, 35 euros.