Et si l’océan n’était qu’un vaste système d’information ? C’est ce que suggère The Thinking Ocean, une œuvre immersive signée Memo Akten et Katie Hofstadter, qui opère un dialogue entre la nature, le code et les états de conscience.
Présenté par le Whitney Museum of American Art, à Los Angeles, The Thinking Ocean invite les visiteurs à plonger dans une mer faite de données, de fluides et de poésie algorithmique. En résulte une étrange étendue d’eau pensée sous la forme d’une série titrée Cosmasapience et imaginée par Memo Akten et Katie Hofstadter, deux artistes passionnés par les dialogues possibles entre la physique des fluides et la logique du code.

Quand l’océan devient ordinateur
À première vue, The Thinking Ocean ressemble à une dérive sous-marine, une expérience où le spectateur navigue dans un environnement généré par des algorithmes, caractérisé par des nuages de particules, des volutes d’eau et diverses structures situées à mi-chemin entre les cellules biologiques et les circuits électroniques. Peu à peu, le paysage se transforme, glissant de la fluidité naturelle vers l’abstraction numérique. L’océan devient presque un réseau. Ou peut-être l’a-t-il toujours été ?
L’œuvre s’appuie sur une intuition scientifique troublante : les équations de Navier-Stokes, qui décrivent le mouvement des fluides, pourraient théoriquement effectuer les mêmes calculs qu’un ordinateur. Partant de cette hypothèse, l’eau devient une sorte de machine cosmique, un système capable de stocker, mais aussi de transmettre et transformer l’information. Mais attention : The Thinking Ocean est loin d’être une démonstration conceptuelle. C’est aussi (et surtout) une expérience sensible, que l’on suit au son d’un poème non linéaire généré en temps réel, pensé pour se recomposer au fil de l’exploration, à l’infini. Et puis il y a cette présence lointaine, cette silhouette humaine à peine perceptible, qui ne semble faire qu’un avec l’onde. Une double question émerge alors, comme une bulle dans l’eau : sommes-nous seulement des observateurs de ces systèmes ? Ou sommes-nous, nous aussi, les vagues d’un immense océan de calculs ?