Imaginé par Lucien Pin et Alex Haugmard, le film en réalité virtuelle Becoming Lucien plonge dans les souvenirs d’un jeune garçon de 7 ans, dont le corps ne correspond pas encore à l’identité. Saisissant !
« Je m’appelle Lucien. J’ai 27 ans, je suis un homme trans et artiste. » Et si comprendre une trajectoire trans ne passait plus seulement par le récit, mais par l’incarnation ? Porté par l’artiste transgenre Lucien Pin, Becoming Lucien, découvert lors de la dernière édition du NewImages Festival, propose une expérience immersive à la frontière du documentaire et de l’expérimental. « Raconté sous forme de conversation avec l’enfant de 7 ans que j’étais, il commence par le moment décisif du choix de mon nom et se poursuit vers la réconciliation avec mon identité profonde », résume l’artiste. Ici, la narration ne s’écoute pas passivement, elle se traverse. Et interroge : et si, pour comprendre les parcours de transition, il fallait littéralement changer de point de vue ?

Dans la peau de l’autre
Troisième épisode d’une série d’autoportraits audiovisuels explorant l’identité trans de l’artiste, Becoming Lucien explore les doutes, les difficultés, mais aussi le soulagement que provoquent la réappropriation d’un corps et d’un nom. Une empathie rendue d’autant plus palpable grâce à l’immersion et au déplacement de regard permis par la VR.
Car là où les récits traditionnels peinent parfois à sortir des cadres explicatifs ou pédagogiques, des œuvres comme celles-ci offrent une autre approche : celle de la sensation, de la rencontre. « Si « Becoming Lucien » trouvera sans aucun doute un écho auprès des personnes souffrant de dysphorie de genre ou s’interrogeant sur leur identité, il est tout aussi important pour leurs familles, leurs amis et leurs alliés, rappelle Lucien Pin dans une interview accordée à Cineuropa. Nous souhaitons que ce projet favorise la compréhension, remette en question les idées reçues et crée un espace d’empathie et de partage. Plus que tout, j’aurais aimé que mes parents puissent vivre une expérience similaire avant ma transition ; cela les aurait peut-être aidés à mieux me comprendre. » Quel meilleur moyen, en effet, pour abattre les préjugés que de vivre, ne serait-ce qu’un instant, la réalité de l’autre ?