Sous la voûte brute de Kraftwerk Berlin, le festival allemand revient du 27 au 31 août 2025. Entre architecture, corps et images, le béton devient un organisme vivant qui accueille à la fois l’art, la musique et une histoire de la fête encore en cours d’écriture.
Depuis sa renaissance en 2013, Berlin Atonal s’écrit dans un langage unique, mêlant austérité architecturale et radicalité sonore. Une fois n’est pas coutume, cette édition réinvente à nouveau les contours de l’expérience immersive, grâce à un équilibre tout à fait maîtrisé entre expérience musicale et visuelle, où les improvisations de Peder Mannerfelt et Yonatan Gat rencontrent les images de Leah Singer. Lors de Berlin Atonal, on assiste également à la rencontre électrique entre Merzbow, Iggor Cavalera et Eraldo Bernocchi, témoins de l’audace de l’évènement, ou encore à la confrontation entre les visuels algorithmiques de Mark Fell et le violoncelle d’Okkyung Lee, chargée de brouiller un peu plus les lignes entre chair et machine.

La création d’un art total
Héritier des espaces informels et des contre-cultures nocturnes pré-dance music, tout en étant également le cœur battant du festival, le nouveau dispositif « Third Surface » cristallise cette volonté d’inventer un territoire hybride où l’art et la performance musicale fusionnent dans un écosystème autonome. Ni simple scène, ni galerie, c’est une zone de friction et de mémoire, un espace où se croisent les archives de Noor Abed et Basma Al-Sharif, les gestes calligraphiques de Tanja Al Kayyali, les signaux sculpturaux de Tot Onyx ou les performances de Joanna Rajkowska. La musique, elle, tisse des liens invisibles : Moin, Mala, YHWH Nailgun et DJ Marcelle ouvrent des brèches sonores dans la nuit. L’expérience est totale, et l’art, lui, est partout.
À l’étage, du côté de l’ancienne régie de Kraftwerk, ENTOPIA s’impose comme un sanctuaire intime. Conçu par le label PAN, cet espace d’écoute lente réunit Anne Imhof, Jeremy Shaw, Jenna Sutela, Cyprien Gaillard et Mohamed Bourouissa qui, tous et toutes, sculptent des paysages visuels et sonores dans lesquels le temps se dilate. Si bien que lorsque les dernières notes s’éteignent dans Kraftwerk, les clubs satellites (comme le Tresor, le Globus, ou l’OHM) prolongent l’élan jusqu’à l’aube, laissant Marylou, Pinch, Azu Tiwaline, Moritz von Oswald ou encore DJ Pete transformer la ville en une fête que l’on souhaiterait éternelle.