Il paraît que le geste du réalisateur n’a plus sa place à l’heure de Sora et des plateformes streaming. À Tarbes, jusqu’au 17 janvier, l’exposition du cinéaste Bertrand Mandico démontre tout l’inverse. Ce qui n’est pas pour nous déplaire !
« Le geste artistique d’un film laissé volontairement inachevé est perçu par le “système” comme un échec, un manquement et non comme un aboutissement ». La phrase est prononcée sur le ton du regret. Pourtant, aucune nostalgie chez Bertrand Mandico, simplement le constat d’un réalisateur dont la pratique plastique du cinéma fait l’objet d’une exposition au Parvis, à Tarbes, Si la nuit m’oublie, crevez mes illusions. L’auteur de Nous les barbares, un film VR plongeant au cœur du tournage de Conann, y propose une expérience hybride, un « anticinéma », un dispositif immersif au sein duquel il se plaît à remixer, sampler et fragmenter son propre travail, parfois jusqu’à l’outrance.

Mise en perspective d’un « anticinéma »
Le geste n’a rien d’anodin : en donnant accès aux rushes, en incitant le public à s’approprier un décor « prêt à l’usage », en exposant des celluloïds de films inanimés comme des sculptures mouvantes, Bertrand Mandico véhicule ici une autre idée du cinéma, qu’il expérimente via différents médiums – la scène, le collage, l’écriture, la musique -, animé par l’envie de penser des images qui ne soient pas destinées aux salles, ni aux plateformes. Jamais réellement figées ou achevées, celles-ci prennent la forme d’une constellation d’énigmes, loin des codes préétablis par l’industrie.
« J’ai fini par me persuader que l’achèvement d’un film, selon le pragmatisme de “l’industrie”, était peut-être une hérésie artistique. Dans un monde rempli d’images en mouvement, un monde saturé de films narratifs et d’instants vidéo, le cinéma doit interroger sa pratique et ritualiser son existence ! » Autrement dit : le geste du réalisateur a encore toute sa place, toute sa pertinence. Il est même essentiel, et se révèle toujours aussi fascinant lorsqu’il se confronte à des techniques issues de l’art contemporain ou du champ de la création numérique.
- Si la nuit m’oublie, crevez mes illusions, jusqu’au 17.01, Le Parvis, Tarbes.