Si en avril, on ne s’est pas découvert d’un fil, on a suivi celui des expositions et autres évènements à la recherche des pépites du mois. Et parmi un ensemble toujours plus riche proposé par les institutions, de Paris et d’ailleurs, trois d’entre elles ont suscité un véritable coup de coeur. Petit tour d’horizon.

Trash Fantasy, de Razorade
Et si la fantasy faisait faillite ? Dans Trash Fantasy, découvert au Casino Luxembourg à l’occasion de l’exposition Screentime/s, Razorade met en scène Cloud et Tifa, deux figures emblématiques du jeu vidéo Square Enix abandonnées dans un monde vidé de sa magie. Ruines, intérieurs fanés, nostalgie synthétique… Tout dans cette série de portraits en techniques mixtes respire un passé qui n’a jamais existé. Une succession de six images qui s’appuie sur un geste malin : celui de recycler l’imaginaire pour mieux le salir, et permettre ainsi d’interroger le sens de nos mythologies numériques.

Glass House, de Gaspar Willmann
Référence au film inachevé Glass House (1926 – 1930) de Sergei Eisenstein, Glass House de Gaspar Willmann détourne – là encore – les codes du jeu vidéo domestique et fait évoluer le personnage de Bob R. dans un univers où l’opacité n’existe pas, un monde au sein duquel il doit redoubler d’inventivité pour retrouver un semblant d’intimité. L’air de rien, le plasticien français, 31 ans à peine, soutenu par Carré sur Seine, trouve ici façon de créer le malaise – celui qui alerte sur la surveillance numérique – et, inévitablement, interroge : même confortablement installé chez nous, sommes-nous réellement à l’abri des regards indiscrets ?

O Suno, d’Amie Barouh
S’appuyant sur une archive vidéo de l’activiste rom albanais, Gim Furtuna, ainsi que sur ses propres prises de vue, l’œuvre O Suno d’Amie Barouh, exposée durant près de deux mois à la Fondation Pernod Ricard, est la reconstitution surréaliste d’un rêve, où l’espace-temps n’existe plus vraiment. Tout se superpose, entre récits intimes et voix médiumnique, pour brouiller les frontières entre le réel et l’imaginaire, et ainsi faire dériver le spectateur, démuni face à ce cinéma de l’entre-deux, où le rêve rencontre la fiction.