Juin a brûlé. Des températures d’une intensité rare qui nous ont poussé à trouver refuge dans les musées. C’est peut-être là, dans cet inconfort, qu’on a le mieux regardé : des pissenlits dans l’espace, un poème cinématographique en sept écrans sur les ruines du rêve américain, et une cage suspendue qui dit tout d’une mégalopole sans prononcer un mot. Trois œuvres qui nous ont tantôt rafraîchi les idées, tantôt fait chaud au coeur.

Lightscape – Doug Aitken
Dans l’écrin de The Shed à New York, Lightscape, la dernière installation de Doug Aitken, déroule une mythologie contemporaine sans dialogue, ni dramaturgie exagérée. Sur sept écrans monumentaux, des personnages, dont l’actrice Natasha Lyonne (Poupée russe, Orange is The New Black) et l’artiste Beck, traversent des déserts, des usines automatisées et des paysages numériques au son d’une mélodie signée Gustavo Dudamel et le LA Philharmonic ; laquelle refuse de choisir entre les nappes minimalistes et la techno abrasive. Déjà fiévreux à cause de la chaleur du bitume, on entre dans l’espace comme dans un rêve lucide, avec l’impression d’en ressortir moins sûr de ce que l’on cherchait.

Planètes – Momoko Seto
Sorti en mars 2026, Planètes est l’ovni de l’animation française de l’année. Momoko Seto, ancienne réalisatrice de documentaires pour le CNRS, y suit quatre akènes de pissenlit propulsés dans le cosmos après la destruction nucléaire de la Terre. Sans dialogue, avec des prises de vues réelles de plantes, d’insectes et de matières minérales filmées en Islande, au Japon et en Bourgogne sur 260 jours, la réalisatrice compose une odyssée sensorielle à la frontière du documentaire et de la science-fiction. Ou quand l’infiniment petit devient un sujet épique.

Cage Bridges – Siu Wai Hang
Présentée à la SOAS Gallery de Londres dans le cadre de l’exposition In-/Visible Spectrums, Cage Bridges est une installation vidéo immersive unique. Des écrans reproduisant les passerelles grillagées caractéristiques de Hong Kong sont suspendus au plafond, formant une boîte close autour du spectateur. La métaphore a beau être limpide, elle marche à la perfection. Enfermé dans cette architecture du contrôle, le corps comprend ce que les mots peinent à dire. Plus fort encore : au sein d’une exposition qui fait la part belle à l’observation silencieuse, Cage Bridges s’impose comme la seule œuvre osant adopter un vrai regard politique.