Des stucs baroques ressuscités en pixels, des terres confisquées qui redeviennent communes, des fantômes qui se disputent sous une pluie de cendres… Ce mois-ci, trois œuvres nous ont particulièrement marqués : trois visions, et donc trois manières de faire dialoguer la technologie avec l’intime, le politique et le spectral.

John Sanborn & Ionee Waterhouse – Heaven+Earth
À Castelbuono, en Sicile, les stucs baroques de la chapelle palatine, les zoomorphes, et autres phytomorphes vieux de trois siècles, se dissolvent et renaissent sous une forme numérique. Pour leur projet Heaven+Earth, John Sanborn et Ionee Waterhouse ont eu l’intelligence de les scanner, avant de les superposer aux visages d’habitants du village, puis de les retravailler par intelligence artificielle. Objectif final ? Les projeter sur l’architecture, ainsi que sur une sculpture à deux faces, veillant comme un Janus. Un geste à la frontière du sacré et du profane, qui fait du moindre local un demi-dieu. À voir jusqu’au 30 août prochain.

Marwa Arsanios – Who is Afraid of Ideology?
À Innsbruck, la Taxispalais Kunsthalle Tirol réunit pour la première fois en Autriche les cinq volets de la série documentaire de Marwa Arsanios. Depuis 2017, la cinéaste libanaise suit les femmes du mouvement autonome kurde en Irak et en Syrie, ou encore le Grupo Semillas en Colombie, dans leur lutte censée encourager d’autres visions de la Terre, dénuée de l’idée de possession ou d’exploitation. Loin des discours abstraits, l’œuvre montre le visage très concret de la reconquête du sol comme acte politique.

Gabriel Abrantes – Bardo Loops
Pour sa première exposition personnelle au Royaume-Uni, Gabriel Abrantes, toujours aussi influencé par l’imagerie Pixar, installe à la galerie Gasworks de Londres quatre fantômes animés, pris au piège du bardo, cet entre-deux entre la mort et la renaissance. Sur fond d’incendies et d’ouragans, ces spectres aux attributs humains se disputent, se réconcilient, rompent, puis recommencent, en boucle, aveugles au désastre qui les entoure. Un humour noir grinçant pour dire combien nos petits drames survivent à la fin du monde.