Mai aura été un mois de descentes et de remontées. Des enfers des réseaux souterrains new-yorkais aux coulisses de la survie lorsqu’on est une personne trans, en passant par les entrailles glitchées de nos machines, les trois œuvres coups de cœur du mois témoignent de trois façons d’utiliser le numérique. Non pas pour embellir le monde, mais pour le regarder en face, jusque dans ses profondeurs les plus intimes.

Katábasis – Ugo Arsac
Et si l’on observait New York vue d’en dessous ? Pas des gratte-ciels, ni des taxis jaunes, mais à partir des galeries souterraines, des tunnels hors-carte, des espaces que personne n’est censé habiter. C’est là, dans cette zone à l’abri des regards, qu’Ugo Arsac a posé sa caméra pendant trois ans, le temps réaliser un documentaire interactif tout juste récompensé au Festival Cannes du prix de la « Meilleure œuvre immersive ». À raison, tant le visiteur choisit ici ses bifurcations, tandis que l’œuvre, elle, se reconfigure à chaque session, à chaque choix, pour durer entre dix et quarante-cinq minutes, selon où l’on s’égare. Ne vous détrompez pas : le titre, mot grec signifiant « descente aux enfers », n’est pas qu’une figure de style. C’est une promesse tenue.

Lover Love – Shu Lea Cheang
Lover Love de Shu Lea Cheang, c’est quatre écrans suspendus sur des rails qui attendent qu’on les bouge, qu’on fasse glisser les corps filmés d’un cadre à l’autre, qu’on les superpose, qu’on les disperse. Chaque déplacement déclenche un fragment sonore dans les basses, l’émergence d’une vibration qui bouleverse et suscite illico l’attention. Shu Lea Cheang, figure historique de l’art numérique, a construit cette installation autour des récits et des rêves de huit performeurs transgenres, rencontrés dans le désert de l’Arizona, dans l’idée de rendre hommage à une collaboratrice de longue date, Aérea Negrot, décédée en 2023. Présentée au musée Leslie Lohman à New York jusqu’en janvier 2027, Lover Love est une œuvre qui fait de la résistance un acte physique, et de l’espoir une posture politique.

Vector 4 – Nick Briz
L’exposition Glitch, bugs & hallucinations, visible gratuitement au Cube Garges jusqu’au 18 juillet, ne célèbre pas l’erreur par nostalgie esthétique. Elle l’étudie. Nick Briz, artiste et chercheur américain spécialiste du net.art, y présente Vector 4, une pièce qui traite le dysfonctionnement comme une radiographie. Ce que le bug révèle n’est pas la fragilité de la machine, mais l’idéologie qu’elle dissimule quand tout fonctionne. Ni provocation gratuite, ni fascination pour le chaos, mais une curiosité méthodique. Le glitch, chez Briz, ça s’apprend.