Mars n’a pas fait les choses à moitié. Entre Paris et Hong Kong, de festivals en expos, un certain nombre d’œuvres multimédia nous ont émerveillés, voire même désarçonnés. Mais au fond, n’est-ce pas ce qu’on leur demande ? Réponse en trois projets.

subassemblies, de Ryoichi Kurokawa
subassemblies est moins un spectacle qu’une expérience déroutante. Découverte le 27 mars dernier au Cube Garges, cette performance hybride à mi-chemin entre le concert et l’installation a fait autant fuser les images que gronder les fréquences. Dans ce projet signé Ryoichi Kurokawa, tout semble au bord de la rupture. Et pourtant, tout se tient, dans ce que l’artiste japonais considère lui-même comme une sorte de « naturalisme technologique ». Des bâtiments abandonnés et autres structures en déclin se fondent ainsi dans des paysages en mutation. Un peu comme si la nature reprenait ses droits, se transformer peu à peu. Un peu comme si les images de cette œuvre organique se recomposaient en direct, et créaient une tension. Qui domine encore ? L’humain, la machine, ou le vivant qui persiste ?

Home Beyond the Dawn, de Natalia Matsenko, Yuri Yefanov et Clemens Poole
Découverte à la Gaîté Lyrique dans le cadre du programme « Ukraine digitale », Home Beyond the Dawn frappe juste. Imaginée par Natalia Matsenko, Yuri Yefanov et Clemens Poole, l’installation rassemble plus de trente artistes ukrainiens autour d’une question brûlante : que reste-t-il du foyer en temps de guerre ? Le parcours, presque géographique, traverse un pays fragmenté, de l’ouest à l’est, à travers des paysages reconstruits, marqués par la destruction mais habités par une forme de persistance. Ici, l’image devient à la fois archive, et projection. Et, au fil des écrans, une idée s’impose : le foyer n’est peut-être finalement plus un lieu, mais un lien.

Network Maintenance, de Jonas Lund
Aperçue lors de la dernière édition d’Art Basel Hong Kong, cette série d’interfaces murales connectées Network Maintenance explore les liens entre la propriété, l’obsolescence des machines et la responsabilité collective. C’est que, derrière ce titre presque administratif se cache en réalité une mécanique critique, Jonas Lund disséquant ici nos infrastructures invisibles : réseaux, données, valeur… Tout semble fonctionner, certes, mais à quel prix ? Jonas Lund détourne ainsi les logiques du numérique, expose leurs failles et s’amuse avec leur absurdité, l’œuvre exigeant une interaction régulière, sous peine de voir le système se dégrader. C’est précis, presque clinique, mais également ironique. Sommes-nous encore aux commandes, ou déjà intégrés au système ?