Septembre, c’est la rentrée, l’agenda déborde, et parfois la sensation vertigineuse que le temps nous échappe. Malgré une to-do-list bien trop chargée, la rédaction de Fisheye Immersive a tout de même réussi à se frayer un chemin dans différents musées pour dénicher trois de nos principaux coups de cœur du mois.
Jonas Sprattland – Vidéos pour Nike et Balenciaga
Depuis Berlin, Jonas Sprattland filme… puis détruit tout, et avec le sourire s’il vous plaît. Ancien photographe, l’artiste norvégien code ses propres outils et bricole des dispositifs de prise de vue pour tordre l’image, jusqu’à lui donner l’allure de pixels en fusion. Attention, avec lui, pas d’IA ! Seul le code prolonge l’objectif, tandis que la vidéo devient matière, comme l’argile ou la peinture. Ainsi, une simple modification de paramètre suffit à faire basculer la scène la plus banale dans l’extraordinaire. Pas pour rien, finalement, si Balenciaga, Adidas ou Nike lui passent régulièrement commande. « Fondamentalement faux, mais aussi parfaitement juste », a-t-on pris l’habitude de dire à propos de son travail. On a beau cherché, effectivement, on n’a toujours pas trouvé meilleure formule.

K Allado-McDowell – The Known Lost
Nommer toutes les espèces qui ont vécu sur Terre : le défi est absurde, et pourtant, c’est celui que K Allado-McDowell relève haut la main avec The Known Lost, opéra et monument en chantier. Posé au beau milieu de l’installation, au Southbank Centre, à Londres, le livret aligne 187 000 noms latins d’espèces disparues, infime parcelle d’un vivant qui nous échappe : tous peuvent être lus ou chantés sur une partition de Derrick Skye, en répétant le premier acte. Quant au monument, il prend place au sein d’une carrière abandonnée, dans une typographie de Jeremy Mickel faite d’alphabets morts. Après ses livres coécrits avec des IA, K Allado-McDowell parvient une fois encore à bousculer la centralité de l’humain ; cette fois par excès de mots.

Amar Kanwar – The Charcoal Man
Ici, on y voit noir, et c’est voulu. Dans une des salles d’exposition de la Serpentine Galleries, à Londres, l’œuvre intitulée The Charcoal Man prend pour source la partition des Indes en 1947. Les événements emblématiques de cette période politiquement historique, de l’assassinat du Mahatma Gandhi aux migrations de masse, y sont relatés du point de vue des figurants, du vitrier distrait au petit garçon se rêvant musicien. Intelligemment, l’installation multi-écran raconte ainsi plusieurs histoires en simultané, qui tentent de faire fusionner ce que l’on oublie et ce dont on se souvient.
On y suit par exemple un père qui apprend à son fils à extraire l’or des cartes électroniques pour s’en faire un bracelet, assurance en cas de fuite. On y fait également la rencontre d’un grand-père photographe sur le point de léguer ses images des violences en précisant qu’elles sont à garder, jamais à montrer. Preuve, une fois encore, que le partage et la transmission sont encore les meilleures solutions pour arriver à une forme de réconciliation.