Le mois de février a beau être court, il nous a réservé son lot de surprises, nous permettant de partir à la rencontre d’oeuvres à la fois scientifique, politique ou cosmique. Nous en avons sélectionné trois. Trois projets, trois expériences sensorielles, à écouter, à parcourir, à traverser, qui en disent plus sur notre monde que ce que l’on pourrait bien penser.
Semiconductor – 20HZ
À 20 hertz, le son devient seuil. Frontière. Dans 20HZ, présentée au sein de l’exposition Deep Fields au Centre Wallonie-Bruxelles, le duo Semiconductor capte ces fréquences basses que l’oreille perçoit à peine mais que le corps, lui, ressent intensément. Traduisant l’activité d’une tempête géomagnétique en une partition audiovisuelle saisissante, Ruth Jarman et Joe Gerhardt s’appuie sur un ensemble de données captées par le réseau scientifique CARISMA pour en faire des crépitements, voire même des pulsations électriques.
À l’écran, des lignes blanches vibrent sur fond noir, se plient, s’entrechoquent, sculptées par les fréquences elles-mêmes. Rien n’est simulé : chaque variation sonore génère sa propre forme. Peu à peu, le graphique scientifique bascule dans l’abstraction cosmique. Et l’invisible, ce champ magnétique qui nous enveloppe, prend corps, littéralement, sous nos yeux.

Lucas LaRochelle – Queering The Map
Avec Queering The Map, Lucas LaRochelle propose une plateforme participative où les personnes queer inscrivent leurs souvenirs, leurs baisers volés, les violences subies ou différents instants d’émancipation sur une carte mondiale pensée pour faire pulser chaque point coloré à la manière d’un secret partagé. Depuis son lancement en 2017, on zoome, on clique, on lit, de Tokyo à Alger, en passant par São Paulo…
Avec plus de 850 000 témoignages en 28 langues, l’intime devient géopolitique, l’expérience queer se fait commune. Le numérique, souvent accusé d’effacer les corps, s’incarne ici sous la forme d’un lieu de mémoire collective et dessine les contours d’une cartographie sensible où l’espace public se réécrit à la première personne.

Yoshi Sodeoka – 21.000 II
Avec 21.000 II, Yoshi Sodeoka poursuit son exploration des états altérés de l’image et transpose le processus de création numérique dans l’espace physique. Inspiré par un projet antérieur où des images du soleil sur une décennie étaient juxtaposées à des grilles et annotations, cette version étend encore la tension entre systèmes calculés et gestes intuitifs. Le projet rassemble ainsi divers éléments (séquences, notes, installations…), qui semblent tout droit sortis d’une logique interne à l’image elle-même.
Ce qui frappe, justement, c’est cette sensation d’être à la fois dans la matrice des données et dans la sensation pure. Les couches, superposées comme autant de temporalités, invitent ainsi à une navigation intérieure où l’abstraction n’est jamais froide, toujours vibrante, toujours organique. Comme si chaque pixel portait en lui la mémoire de son propre calcul.