Si les vacances arrivent, nos yeux et nos esprits, eux, ne prennent pas de repos. Et les œuvres numériques de ce mois de juillet contribuent à nous faire voyager dans des mondes où l’émotion transite par le pixel, où le code se fait langage.
En plein été, tandis que le soleil nous réchauffe la peau, l’art numérique, lui, continue de mettre nos cerveaux en ébullition. À Toulouse, un cœur bat en sororité afro-futuriste. Sur la blockchain, des fantômes s’impriment en silence. Et quelque part dans l’abstraction d’un navigateur, une architecture liquide s’étire. Retour sur trois œuvres marquantes de ce mois de juillet – trois œuvres qui n’ont pas eu besoin de hurler pour nous happer, qui racontent un récit unique sans tout dévoiler et qui font de la technologie un médium de l’intime.

Cœur brilliant – Tarek Lakhrissi et Joséfa Ntjam
Fruit d’une curation imaginée par le DJ et musicien Kiddy Smile, l’union de Tarek Lakhrissi et Joséfa Ntjam donne vie à une œuvre plurielle à travers laquelle deux artistes tissent une cartographie sensible de la guérison. Sur des écrans suspendus dans l’espace mystique de la Chapelle des Carmélites, à Toulouse, des corps se métamorphosent et des énergies jaillissent. Entre récit ancestral interrogeant les dynamiques coloniales et vision futuriste de l’amour, cette installation murmure une promesse : que les traumas deviennent constellations.

Implied Narrative – Kevin Abosch
Avec Implied Narrative, Kevin Abosch interroge les rapports entre IA et identité humaine. L’image numérique devient peau, cicatrice, murmure. Au centre de ce projet, les mains de l’artiste, à la fois cadre et structure, servent quant à elles d’échafaudage silencieux sur lequel s’ancrent des images générées par l’IA, composant un flux visuel stratifié. Plutôt qu’un récit linéaire, l’artiste conceptuel américain propose une narration suggérée, diffuse, presque spectrale. En codant la physicalité du corps, Kevin Abosch trouble les frontières entre l’intime et l’abstrait, transformant la main en vecteur d’expériences, de mémoires et d’identités multiples.
Matrix In Shared Reality – Cosm et Little Cinema
Dans Matrix, projet qu’il détaille longuement dans le cadre d’une newsletter éditoriale dont il est le rédacteur en chef invité, Bruno Ribeiro, invité par Little Cinema, déconstruit le cadre, dissout le monde et rend hommage au film des sœurs Wachowski, qui fête cette année son 25ème anniversaire. Une plongée dans la matrice de notre perception au sein de laquelle des fragments d’architectures, des textures mouvantes, des données en flux constant font tout vaciller. Avec la technologie immersive du COSM, les repères familiers se dissolvent. Quant à la frontière entre fiction et réalité, celle-ci n’a sans doute jamais semblé aussi poreuse. Si bien que le spectateur ne se contente plus de regarder le film : il y entre, corps et sens en éveil. Sous un immense dôme de LED, au cœur de décors mouvants et d’une spatialisation sensorielle totale, l’expérience se révèle profondément immersive.