En mai, on fait ce qu’il nous plait. Et nous, chez Fisheye Immersive, ce qu’il nous plaît, c’est de dénicher des pépites numériques. En voici trois qui nous ont tapé dans l’œil.
Entre migration intérieure, géométrie du sensible et récits de science-fiction, mai 2025 nous rappelle que le numérique n’est pas une fin en soi : c’est un langage. Un miroir. Un terrain de résistance autant que de poésie.
A Forbidden Distance de Saint Abdullah, Rebecca Salvadori et Eomac
Il y a des distances qu’aucun GPS ne mesure. The Crossing, projet pluridisciplinaire mené par les artistes d’horizons variés Saint Abdullah, Rebecca Salvadori et Eomac, propose, avec A Forbidden Distance une plongée dans l’expérience sensorielle de l’exil. Par le biais de vidéos, d’archives sonores, d’animations et de témoignages, l’œuvre forme un récit aussi morcelé qu’incarné de la migration, au-delà des statistiques et des titres de presse sensationnalistes. Le spectateur est invité à arpenter un espace éclaté, fait de fragments de récits et d’enregistrements intimes au sein duquel chaque interaction révèle une mémoire, une perte et une tentative de reconstruction. Ceci n’est pas un documentaire, c’est un écho : celui du déracinement et du besoin d’appartenir.

Grid de Christopher Bauder et Robert Henke
À la croisée du visuel et du sonore, Grid, signée Christopher Bauder et Robert Henke, fait un pari osé : transformer l’espace en instrument. Présentée récemment au cœur d’ « Into the Light », à Paris, cette installation hypnotique orchestre une chorégraphie lumineuse sur une trame invisible. Suspendues dans l’air, des tiges lumineuses s’animent et se répondent comme des notes sur une portée. Le son, généré en temps réel, module les faisceaux dans une harmonie quasi mathématique. Et lorsque l’on déambule dans l’œuvre, on se laisse traverser par des lignes de lumière qui semblent écrire une partition sans fin. Chaque son, chaque morceau de musique renvoie à une impulsion visuelle et une modification spatiale de l’affichage mécatronique.

Empty Rider de Lawrence Lek
Dans Empty Rider, Lawrence Lek continue d’explorer un univers post-humain où les intelligences artificielles ont hérité des ruines de notre modernité. Le spectateur y suit un véhicule autonome — sans conducteur, sans destination précise — qui erre dans une ville-fiction en perpétuel crépuscule. Tout est calme, fluide, presque beau. Mais ce silence a quelque chose d’inquiétant : que nous réserve cette silencieuse dystopie ? La voiture semble se souvenir de ce qu’elle fut : une interface, un outil, un rêve de vitesse. Elle parle, pense, doute. On l’écoute comme on lirait un poème écrit par une entité qui n’a jamais été humaine mais qui en porte les cicatrices. Dans ce monde simulé, Empty Rider agit comme une fable technologique mélancolique, où les frontières entre l’organique et le synthétique s’estompent. Et si, au fond, les machines étaient plus hantées que nous ?
