« Bêtise humaine », l’œuvre vidéo et postcoloniale de Joyce Joumaa

02 janvier 2026   •  
Écrit par Maxime Delcourt
"Bêtise humaine", l'œuvre vidéo et postcoloniale de Joyce Joumaa
“Bêtise humaine” © Joyce Joumaa

Découverte lors de la dernière édition de la Biennale Momenta, l’œuvre vidéo de Joyce Joumaa est indéniablement l’une des belles découvertes de l’année. Parce qu’elle est politique. Parce qu’elle s’appuie sur un sport populaire, encore tenu à l’écart des institutions culturelles. Et parce qu’elle permet à des archives d’éclairer autrement les grands récits nationaux.

Passée par Montréal pour ses études cinématographiques, Joyce Joumaa est désormais basée entre Amsterdam et Beyrouth, d’où elle est originaire. À 27 ans, elle est déjà l’auteure de plusieurs installations vidéo, comme To Remain in the no Longer (2023), Memory Contours et Mutable Cycles (2024) ou Bêtise humaine, quatre œuvres animées d’une même ambition : assembler des fragments d’archives pour mieux comprendre le présent et examiner la violence qui sous-tend les débats autour des récits nationaux.

Image floutée d'une tribune de supporters de foot.
Bêtise humaine © Joyce Joumaa

Tensions coloniales

Avec Bêtise humaine, présentée lors de la dernière Biennale Momenta, Joyce Joumaa propose certes une archive critique des luttes postcoloniales toujours à l’œuvre, mais elle le fait avec la manière, en juxtaposant des extraits du match de foot France-Algérie, en 2001, lors duquel des supporters algériens avaient envahi le terrain, à des scènes du film La bataille d’Alger (1966). Ou comment, en restituant l’impact de la colonisation par le montage et le flou des images, relier deux époques différentes, deux médiums qu’a priori tout oppose (le film-documentaire et le divertissement sportif télévisé), d’anciennes et de nouvelles générations animées d’une même colère, souffrant d’un même manque de représentation.

En quatorze minutes à peine, Bêtise humaine réussit ainsi un triple exploit : créer un écho entre passé colonial et tensions contemporaines, révéler l’instrumentalisation du sport comme outil diplomatique et politique, et rappeler à qui en douterait encore que le passé, même enfoui, finit toujours par ressurgir.

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