Comme tous les deux ans, Lyon se fait capitale de la création contemporaine au travers de sa désormais célèbre Biennale. Un évènement majeur, qui court jusqu’au 13 décembre prochain et rassemble le meilleur de la scène artistique actuelle. Soit plus de 70 artistes, dont certains issus du numérique. Voici nos cinq préférés.

Ndayé Kouagou
À 34 ans, l’artiste parisien Ndayé Kouagou travaille le « moi » comme d’autres travaillent l’argile, à travers la performance, la vidéo, le texte. Son matériau à lui ? Le flux d’images, avec lequel il rejoue, met en scène, et interroge le spectateur sur la notion d’identité. Un sujet profond, certes, mais qui n’empêche pas l’humour, le pas de côté. Cependant, si le rire est là, il reste tenu en laisse par le recul critique. Car le soi, chez Ndayé Kouagou, n’est jamais un acquis. C’est un écran instable, qui vacille au moindre sursaut.

Serwah Attafuah
Serwah Attafuah est née à Sydney, où elle vit et travaille encore. Sa spécificité ? Bâtir des mondes qui n’existent pas encore, à grands coups d’images numériques, de sons et de technologies immersives, dans lesquels elle fait évoluer ses avatars afrofuturistes. Mythologie, science-fiction, vécu… Chez elle, tout cela est passé au shaker afin de constituer un ensemble où la survie des récits ancestraux s’épanouie dans le numérique. Une démarche essentielle, profondément historique, qui a le mérite de mettre un bon coup de canif dans les représentations dominantes. À Lyon, cela se fait via un immense cadre constitué de rebuts numériques (écrans d’iPhone brisés, cartes de circuits imprimés, etc.) au sein duquel apparaît une peinture apocalyptique, où errent sans but de multiples avatars.

Igor Simić
Né à Belgrade en 1988, Igor Simić partage sa vie entre la Serbie et New York. À travers le jeu vidéo, mais aussi l’écriture ou l’installation, il élabore des des situations où le contrôle, le désir et l’abstraction dépassent le concept pour devenir palpables. Un travail de l’image en mouvement qui déborde de l’écran pour s’attaquer au capitalisme contemporain et aux technologies les plus pointues. Socles d’une œuvre éminemment politique, l’économie et le numérique deviennent dès lors les décors dont il dévoile les coulisses. Et les inégalités qui s’y cachent.

Luke Willis Thompson
Originaire d’Auckland, en Nouvelle Zélande (où il vit et travaille toujours), l’artiste de 38 ans fait de la sobriété une arme redoutable. Il emprunte aux médias de diffusion et à la communication politique leur syntaxe, puis la retourne pour bâtir des contre-archives dans des vidéos, des performances et des installations où l’absence et le silence font plus de bruit que le bruit lui-même. Au cœur de son geste artistique ? La violence des héritages coloniaux, celle d’hier comme celle d’aujourd’hui, systématiquement disséquée avec un regard critique acéré.

Akwasi Bediako Afrane
Né en 1990 à Kumasi, au Ghana, où il est toujours installé, Akwasi Bediako Afrane fait ses courses dans nos poubelles électroniques. L’artiste démonte, réassemble, et invite même régulièrement le public à mettre la main à la pâte pour tirer de ces rebuts des formes à taille humaines qui exposent toutes les entrailles de l’économie numérique. À Lyon, il a notamment imaginé un labyrinthe composé de cartes électroniques, de vieilles imprimantes et autres câbles que les visiteurs activent juchés sur des vélos. Derrière l’aspect ludique, une question persiste : que savons-nous vraiment de ces machines ?