Jusqu’au 30 avril 2027, le Shenzhen International Museum of Art accueille la première biennale d’art et de technologie de la ville, où plus de cinquante artistes et chercheurs y sondent la physique quantique et la lumière, là où le regard ne laisse rien intact.
En un demi-siècle, Shenzhen est passée d’une bourgade de 30 000 âmes à une mégapole de 18,25 millions d’habitants ; la fameuse « vitesse Shenzhen », dit-on. Alors bien évidemment, la culture ne pouvait pas rester sur le bas-côté. Ouvert en mai dernier, le SIMoA accueille désormais la première Shenzhen Art and Technology Biennale (SATB), sous le titre « A Glimpse of the Infinite ». Un rendez-vous qui réunit plus de cinquante artistes, scientifiques et chercheurs, de David Young à Yael Bartana, en passant par Christa Sommerer et Laurent Mignonneau, Seph Li ou Yang Song, autour d’un gros morceau : la mécanique quantique.

Un évènement XXL
Pour inaugurer cette nouvelle ère, soutenue par le gouvernement chinois, qui annonçait dès 2018 la construction de dix nouvelles installations culturelles, Naiyi Wang, commissaire de l’évènement, n’a pas demandé aux artistes d’illustrer la théorie scientifique. Ça aurait été d’un ennui mortel ! Elle propose, au contraire, de rendre visible ce qui échappe aux sens. Un point de départ plus poétique qui donne vie à un parcours libre, sans thème ni chronologie, qu’elle compare à « un champ quantique ». « Ce n’est pas un spectacle à « lire » dans l’ordre, mais un spectacle à parcourir – un espace où le sens émerge non pas des œuvres isolément, mais des relations entre eux et entre eux et vous, » explique Naiyi Wang à Right Click Save.
De quoi imaginer un événement à la hauteur de la démesure de la ville, et de son lien si particulier avec les technologies de pointe. « La scène artistique numérique à Shenzhen est distinctive, non pas parce qu’elle est mature, mais parce qu’elle est toujours en cours d’écriture. La ville est une plaque tournante mondiale pour le matériel et la fabrication, et cette infrastructure est de plus en plus réaffectée à la production culturelle », poursuit la commissaire.

Certains artistes, comme Semiconductor ou Libby Heaney, jouent avec la lumière et le temps, quand d’autres encore, comme Kate Crawford et Vladan Joker, s’inspirent des relations ambigües entre le pouvoir et les innovations technologiques. « Ce qui rend Shenzhen distinctive, c’est que la scène artistique numérique ici ne concerne pas simplement les artistes qui utilisent de nouveaux outils – il s’agit d’une refonte fondamentale de la façon dont l’art et la technologie peuvent co-évoluer, résume Fei Jun, professeur agrégé d’art et de design des médias interactifs à l’Académie centrale chinoise des beaux-arts de Pékin et conseiller académique de la SATB, L’avenir de cette intersection ne réside pas dans la technologie au service de l’art, ni dans l’art illustrant la technologie, mais dans leur interrogatoire mutuel – chacun poussant l’autre à poser des questions plus profondes. »
Dès lors, la biennale de Shenzhen adopte un positionnement très clair : financer de l’inédit plutôt que d’importer des pièces existantes. Des moyens colossaux sont alors déployés grâce à une combinaison de financement public et privé, entre ceux de SIMoA et SSTM, et le soutien institutionnel de la ville. Reste désormais à séduire le public, particulièrement exigeant à Shenzhen : 35 % des visiteurs travaillent dans la tech, 25 % dans l’art et le design. Autant dire qu’ici, on ne contemple pas l’œuvre, on la rétro-ingénie. On l’analyse comme un produit perfectible. Un constat qui, pour la commissaire, n’est pas un contresens mais « un mode de regard propre à Shenzhen ». Dans la ville où tout file à 100 à l’heure, le réflexe se comprend.