En marge de l’exposition Simulacres aux Magasins Généraux, de nombreux artistes pensent des œuvres qui ne se soucient plus de distinguer le vrai du faux, précisément dans l’idée de donner vie à d’autres univers, fantasmés, dystopiques et pourtant ô combien réels.
Les mythologies, dans toute leur diversité, revêtent de multiples formes et influencent profondément les dynamiques sociétales. Dès la fin des années 1950, Roland Barthes soutenait que les médias modernes façonnent de nouvelles mythologies en transformant des objets ordinaires en symboles culturels. De son côté, Jean Baudrillard parlait plus volontiers de « simulacre », une notion expliquant selon lui la manière dont les images finissent parfois par remplacer la réalité. Les mythologies ne se limitent donc pas à de simples convictions personnelles ou collectives ; ce sont des forces qui façonnent les politiques, modèlent les valeurs communes et structurent les normes qui régissent les sociétés contemporaines.

Le mythe comme expérience introspective
Depuis sa création, Fisheye Immersive s’intéresse de près au travail de ces artistes qui érigent de véritables mythologies alternatives (Émilie Brout & Maxime Marion, Joséfa Ntjam, Cao Fei, etc.). De passage à New York cet été, on est donc ravi de voir la célèbre bitforms gallery – qui fête son 25ème anniversaire – se frotter à une telle thématique, soucieuse de comprendre la manière dont les mythologies contemporaines se construisent, circulent et se transforment à travers les images numériques, les systèmes en réseau ou les échanges culturels.
Pour cela, la galerie s’appuie sur le travail de quatre artistes : Erick Antonio Benitez, Ricardo Cabret, Umber Majeed et Lou Fauroux, dont le film en triple écran (To Whom It May Concern, There Will Be Tears In My Hennessy Ch. III), complété par diverses impressions 3D, entend moins représenter le réel que créer des imaginaires partagés – intimes, futuristes, populaires, peu importe tant qu’ils sont immédiatement reconnaissables et constamment réinterprétés. Chez la Française, le mythe sert donc de cadre à des expériences qui échappent aux récits singuliers, à des symboles populaires qui réapparaissent sous des formes nouvelles, moins dystopiques que foncièrement introspectives.

Recycler le passé, se jouer du futur
« Time is a flat circle », dit le titre de l’exposition à la bitforms gallery, emprunté à Nietzsche, comme pour rappeler qu’il n’y plus de destination finale : à l’heure où le numérique conserve tout (nos archives, nos avatars, nos comptes, nos photos, etc.), le temps tourne plus que jamais sur lui-même. Sensation confirmée par les œuvres de Maria Mavropoulou (Imagined Images, 2024) et Mayara Ferrão (The First Trace Was Water, 2025) qui, grâce à des prompts documentés, donnent à voir des images comme si elles avaient été saisies sur d’anciens clichés photographiques. Ainsi, le passé ne disparaît plus et finit inévitablement par ressurgir dans le présent afin d’enrichir les grands récits collectifs ; ces fameuses mythologies qui se créent désormais en temps réel.
- Cet article est extrait de notre newsletter éditoriale #81.