Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres essentiels des mouvements créatifs explorant les liens avec les nouvelles technologies. IA, métavers, réalité augmentée… Ces auteurs traitent de tout ! Ce mois-ci, focus sur Au fort les âmes sont de Laure Prouvost, un ouvrage pensé pour compléter son impressionnante monographie, actuellement déployée au Mucem.
L’auteur
Née en 1978 à Croix, dans le Nord de la France, Laure Prouvost tisse depuis plus de vingt ans une œuvre aussi complexe que complète où se mêlent vidéos, installations, textiles, sculptures et récits fragmentés. Formée à l’institut Saint Luc de Tournai, en Belgique, au Central Saint Martins et au Goldsmiths College de Londres, la Française trouve très tôt sa voie dans un art où la fiction glisse sans cesse dans la réalité – à moins que ce ne soit l’inverse ?
Assistante de John Latham, qu’elle décrit comme un « grand-père conceptuel », Laure Prouvost hérite de lui le goût du détournement et de la narration décalée. Son univers joue des malentendus, des traductions bancales, des souvenirs réels ou inventés : autant de strates qui se chevauchent et troublent le spectateur, happé dans des environnements immersifs. En 2013, son oeuvre Wantee lui vaut le Turner Prize, consacrant une pratique déjà saluée deux ans plus tôt par le MaxMara Art Prize for Women.

Depuis, la plasticienne poursuit son chemin, sur des scènes toujours plus prestigieuses. En 2019, elle représente la France à la Biennale de Venise avec Deep See Blue Surrounding You, une odyssée poétique et collective. Installée aujourd’hui à Bruxelles, elle déploie ses récits visuels et sensoriels dans de nombreux lieux, comme récemment au Mucem de Marseille avec Au fort, les âmes sont (2025), une immersion méditerranéenne où l’architecture se fait récit.

Le pitch
Au cœur du fort Saint-Jean de Marseille, Laure Prouvost déploie toute une série d’installations immersives s’appuyant aussi bien sur le détournement d’objets du quotidien que sur des captations audiovisuelles sous-marine. Une électivité qui brouille les frontières entre fiction et réalité, et qui a donné vie à un catalogue, aussi passionnant que l’exposition qu’il documente.
Conçu en étroite collaboration avec l’artiste, ce livre fait dialoguer photographie et poésie visuelle : les images de Raphaël Massart captent l’instant avec précision, tandis que la mise en page conçue par Laure Prouvost elle-même évoque le mouvement et la légèreté d’un livre flottant sur la Méditerranée. Inséré au cœur de l’ouvrage, un livret offre un éclairage complémentaire grâce aux mots de Hélia Paukner, commissaire de l’exposition, et de l’historienne de l’art Mathilde Roman, dont la poésie et la profondeur réflexive viennent tisser un contrepoint narratif et sensible à cette expérience artistique.

Notre avis
S’il fallait un ouvrage pour plonger (littéralement) dans l’univers de Laure Prouvost, c’est bien celui-là. À son image, poétique et documenté, le catalogue d’exposition nous permet de partir à la rencontre de l’un des grands noms de l’art numérique – voire même de l’art contemporain tout court. Avec, en prime, ces mots de Hélia Paukner qui captent la puissance d’une œuvre impossible à limiter : « Le terme “plasticien.ne” prend tout son sens face à cette artsite qui même dans ses installations objets de récupération, sculptures, son, vidéo. Ses films sortent des écrans et viennent envelopper leur public ».