Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres essentiels des mouvements créatifs explorant les liens avec les nouvelles technologies. IA, métavers, réalité augmentée… Ces auteurs traitent de tout ! Ce mois-ci, on décortique Consoles, Contrôle, Classe de Jamie Woodcock, une analyse marxiste du monde du jeu vidéo.
L’auteur
Enfant des années 1980, Jamie Woodcock grandit à Oxford dans un contexte marqué par l’engagement politique. Très tôt, il participe à des mobilisations, notamment contre la guerre en Irak. Il étudie à l’université de Manchester (BA et MSc), avant de soutenir un doctorat en sociologie à Goldsmiths, la grande université londonienne. Enseignant-chercheur au King’s College London, le Britannique explore aujourd’hui les mutations du travail numérique, de la Gig Economy aux jeux vidéo, selon une approche qui le caractérise, entre la recherche académique et le militantisme.

Le pitch
Sous ses airs de loisir planétaire, le jeu vidéo ne serait-il pas un miroir grossissant du capitalisme contemporain ? Dans Consoles, Contrôle, Classe, sous-titré « Enquête ouvrière dans l’industrie des jeux vidéo », Jamie Woodcock plonge dans les coulisses de l’industrie vidéoludique et en propose une analyse à la fois économique et sociologique, y analyse aussi bien les conditions de travail des développeurs que le rôle des joueurs, parfois transformés en producteurs de valeur à leur insu. En mobilisant une lecture marxiste, l’auteur décrypte un écosystème où le divertissement, le travail et l’exploitation se confondent à travers une enquête dense, à situer à mi-chemin entre la critique sociale et l’immersion culturelle.

Notre avis
D’emblée, le parti pris nous séduit : un livre qui débranche les évidences et entend reprogrammer notre regard, comment ne pas être intrigué ? Ici, Jamie Woodcock avance non pas, manette en main, mais avec le scalpel du sociologue. Et si tout n’est pas très nuancé, l’ensemble a le mérite de rendre visible certains angles morts du jeu vidéo, encore trop peu pris au sérieux dans les domaines de recherches universitaires. Une lecture stimulante, qui transforme le simple fait de jouer en question politique.