Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres essentiels des mouvements créatifs explorant les liens avec les nouvelles technologies. IA, métavers, réalité augmentée… Ces auteurs traitent de tout ! Ce mois-ci, focus sur Cyberpunk, le nouveau système totalitaire, le dernier ouvrage de la politologue et essayiste Asma Mhalla qui a pour point de départ la dangereuse amitié entre Donald Trump et Elon Musk.
L’auteure
Née le 26 mars 1984 à Tunis, Asma Mhalla a la politique dans le sang. Son grand-père, Mohamed Mhalla, était jurisconsulte, Grand cadi (l’équivalent du Ministre de la Justice) et homme politique tunisien, leader du mouvement décolonialiste. Son père, quant à lui, a occupé des postes de haut fonctionnaire, avant de se lancer dans l’entreprenariat. Scolarisée au lycée français de Tunis, Asma Mhalla obtient en 2002 son baccalauréat en sciences économiques et sociales, puis s’envole pour Paris, où elle intègre une classe préparatoire aux grandes écoles du lycée Janson-de-Sailly, dans le 16ème arrondissement. Suite à cela, en 2004, la future politologue intègre l’ESCP, et commence à se rendre compte des mécaniques de reproductions sociales, qui guideront ses travaux par la suite.
Si elle débute sa carrière professionnelle au sein d’une banque d’affaire, Asma Mhalla est contrainte de s’arrêter en 2016 suite à des problèmes de santé. Cette pause lui permet néanmoins de renouer avec ses premiers amours politiques, l’essayiste profitant de cette période pour se pencher sur les questions de technosurveillance, notamment via les travaux du théoricien américain Bernard E. Harcourt. Animée par les dynamiques de pouvoir à l’ère du numérique, elle produit et anime, en 2023, une émission hebdomadaire estivale baptisée CyberPouvoirs sur France Inter, tient également une chronique dans Les Échos et enseigne à Columbia et Science-Po. En 2024, elle sort son premier ouvrage, Technopolitique qui, déjà, appelle à repolitiser la question de la technologie, dans la droite lignée de son nouveau livre, Cyberpunk, le nouveau système totalitaire.

Le pitch
Alors que Donald Trump repart pour une troisième course à la présidence des États-Unis, ce dernier s’appuie cette fois sur un soutien de taille : le milliardaire technocrate Elon Musk. Une situation inédite qui alerte Asma Mhalla, dont elle décortique les discours néo-fascistes qui sous-tendent cette union. À la lecture de Cyberpunk, le nouveau système totalitaire, on comprend ainsi à quel point l’alliance du pouvoir politique conservateur à ceux que l’on appelle les « Big Datas » rend réelle une dystopie que l’on pensait naïvement n’exister que dans les films. Émerge alors un nouveau régime, aussi silencieux qu’alarmant, apte à reconfigurer la démocratie pour, peut être, la faire totalement disparaître au profit d’une emprise totalitaire. L’auteure part ici du principe que, dans cette guerre de conquête, les individus ne sont plus que des soldats, malgré eux, tentant de défendre l’unique champs de bataille où se déroule les combats : nos esprits.
Notre avis
Lorsqu’Elon Musk a racheté Twitter (devenu X) pour y réhabiliter la parole de certains grands bannis, on a senti que quelque chose se tramait. Il aura fallu Asma Mhalla pour mettre des mots sur cette angoisse latente, qui livre ici une thèse bouleversante, qui promet de changer notre regard sur l’évolution de la politique à l’ère de l’intelligence artificielle, des réseaux sociaux et du transhumanisme.