Avant de s’imposer dans les musées, l’art numérique trouve sa source dans les bibliothèques. « Book Club » revient sur ces livres essentiels des mouvements créatifs explorant les liens avec les nouvelles technologies. IA, métavers, réalité augmentée… Ces auteurs traitent de tout ! Aujourd’hui, focus sur « Ki$$ Ki$$ », une monographie rassemblant les croquis, photographies et autres projets artistiques hybrides de Shu Lea Cheang.
L’auteur
Née à Taïwan en 1954, Shu Lea Cheang s’est rapidement imposée comme l’une des figures marquantes du Net.art, qu’elle a contribué à façonner en explorant les territoires mouvants du cyberespace à la fin des années 1990. Entre Paris et New York, son art s’est élargi, devenant un langage hybride mêlant installations immersives, performances, paysages sonores et créations vidéo. Au cœur de sa démarche, deux fils rouges semblent émerger : une pensée cybernétique profonde et un engagement politique affirmé, traversant des thèmes aussi vastes que les systèmes économiques, l’écologie ou les identités sexuelles. Tournée vers les futurs possibles sans renier les traces du passé, Shu Lea Cheang voit aujourd’hui ses œuvres post-internet entrer dans l’histoire. Pour preuve, elles ont récemment trouvé leur place dans les prestigieuses collections du MoMA et du Solomon R. Guggenheim Museum à New York.

Le pitch
Publié à l’occasion de l’exposition éponyme à la Haus der Kunst de Munich, KI$$ KI$$ offre une plongée sensible et structurée dans l’univers de Shu Lea Cheang. On y découvre un corpus riche composé de croquis, de photographies et de notes de travail, auxquels s’ajoute un dialogue éclairant entre l’artiste et la commissaire Sarah Johanna Theurer, ainsi qu’un essai autour d’archives soigneusement choisies par cette dernière. Le tout est accompagné ici par un glossaire précis, en plus de la toute première bibliographie exhaustive de l’artiste, permettant un accès méthodique à une œuvre foisonnante et protéiforme, située à la croisée de plusieurs formes artistiques : l’installation, la vidéo, les logiciels interactifs, les performances en réseau, etc.

Notre avis
Si KI$$ KI$$ charme de par sa forme, extrêmement soignée, l’ouvrage agit surtout comme le prolongement textuel d’une exposition qui en mettait plein les yeux. Bien sûr, 120 pages (toutes en anglais !) ne suffisent à cerner l’ensemble de l’œuvre de Shu Lea Cheang, mais l’intérêt du livre est justement de condenser avec pertinence le travail d’une artiste majeure de la culture du numérique, dont la moindre prise de parole semble contenir tant de vérités, tant de possibilités : « Dans un espace donné, il est possible de développer son imagination au-delà de l’enfermement ».