Jusqu’au 25 octobre, la galerie portugaise Eterno présente une rétrospective du travail de l’artiste IA Botto, qui s’intéresse tout particulièrement à l’intersection entre créativité humaine et intelligence artificielle.
Animé par une communauté mondiale en ligne, l’entité créé en 2021 par Mario Klingemann (à qui l’on doit entre autres la version algorithmique du Jardin des Délices de Jérôme Bosch) génère des images par millions dont une petite sélection seulement est choisie par ses aficionados pour figurer sur la blockchain. Face à l’abondance des productions générées par les algorithmes, le projet interroge les choix humains qui façonnent ce que l’on reconnaît comme œuvre d’art, et redéfinit par là même le rôle de l’artiste.

Une remise en question du statut d’artiste
À la Eterno Gallery, située à quelques centaines du centre culturel La Fabrica Braço de Prata, à Lisbonne, l’exposition Botto : The Art of Collective Minds réunit des créations numériques choisies avec soin par la communauté, mais fait également le choix de présenter des visuels laissés de côté, qui mettent en exergue les tendances partagées en matière de goût, d’esthétique et de jugement collectif. En tant que co-commissaire, l’intelligence artificielle Botto construit le fil narratif de l’événement, et orchestre la sélection des œuvres, participe à l’écriture des textes et introduit la notion de « neuro-réalisme » via des images post-photographiques évoquant l’esthétique de l’archive, non sans émotion.
Et ce, en dépit du fait qu’elles soient intégralement générées par IA. « L’intelligence artificielle est entre un microscope et un télescope, mais multidimensionnel, rappelait Mario Klingemann en 2022. Elle permet de voir des motifs, d’envisager des pistes créatives qu’un artiste n’aurait que par intuition. Elle détecte des choses sur lesquelles on n’aurait pu tomber qu’accidentellement ».

Apprendre à créer avec l’IA
En plus de l’expérience visuelle, le parcours de Botto : The Art of Collective Minds s’appuie sur plusieurs moments forts, comme la publication d’une nouvelle édition des œuvres de Botto, une performance transformant des fragments délaissés en nouvelles propositions visuelles, et une projection immersive regroupant onze visuels issues du choix collectif. Pensé comme un tout, l’ensemble invite à réfléchir aux enjeux de la paternité, de l’action et de la créativité dans un contexte où les médias de synthèse redéfinissent la production artistique. Et soulève une quantité de questions : un système artificiel peut-il développer un style propre ? Que signifie réellement créer à plusieurs ? Et, finalement, qu’est-ce qu’un artiste à l’ère de l’IA ?