Un coyote queer, une mère à Casablanca, une ville de New York peuplée d’animaux anthropomorphes… Le premier long-métrage de Meriem Bennani et Orian Barki, réalisé en animation 3D, est une œuvre à part, à la fois tendre et électrique.
Dans le New-York d’Orian Barki et Meriem Bennani, artiste multimédia au parcours ô combien fascinant, les humains ont disparu, remplacés par des créatures à fourrure en costumes de ville. Les habitudes restent les mêmes, rythmées par l’omniprésence des smartphones et des applications de rencontre. C’est dans cet univers 3D, réalisé via Blender, que vit Bouchra, jeune coyote réalisatrice marocaine, tirée de sa peur de la page blanche par un appel de sa mère, depuis Casablanca. Un échange qui va tout débloquer.
Un film à part
Dans cet objet cinématographique inattendu, les frontières entre le documentaire, l’autofiction et l’animation s’effacent jusqu’au vertige. Deux Bouchra coexistent. L’une est fictionnelle, et rend visite à une mère peintre dans un monde sans tabous. L’autre est réalisatrice, et déroule de vraies conversations téléphoniques (inspirées par les échanges entre Meriem Bennani et sa propre mère) avec celle qui l’a mise au monde, une médecin marocaine encore aux prises avec le coming-out de sa fille. Déjà troublante, cette limite entre la fiction et la réalité s’efface encore davantage lorsque des amis et divers membres de la famille rejoignent l’aventure pour doubler leurs propres avatars, le tout sur une musique éthérée de Flavien Berger.
Inclassable, c’est sans doute le mot qui caractérise le mieux Bouchra. Un adjectif renforcé par l’esthétique si particulière du projet, peuplé d’animaux aux textures photoréalistes et traversé par des paysages baignés de lumière numérique. Un aspect cyberpunk aux accents futuristes qui s’appuie sur la 3D comme choix politique plutôt qu’artistique. Après tout, quoi de plus pertinent que d’aborder la question de l’homosexualité par le biais d’animaux, dans un monde qui perd de plus en plus en humanité ?