Originaire de Guangzhou, dans le delta de la Rivière des Perles, l’artiste chinoise Cao Fei trace depuis près de trente ans une œuvre à la fois politique et onirique, qui s’appuie sur un usage sans pareil des outils multimédias. Inspirée par les formes d’expression populaires et traditionnelles de son pays, Cao Fei oscille entre le film d’animation, les installations numériques et le jeu vidéo, tout en cherchant à comprendre comment raconter la Chine contemporaine sans la figer. Peut-être, tout simplement, en la rêvant autrement ? Retour sur la carrière d’une artiste en perpétuel mouvement.

1999 : Imbalance 257
Réalisé à la fin de ses études à l’Académie des beaux-arts de Guangzhou, Imbalance 257 est une œuvre vidéo qui condense l’énergie brute des débuts de Cao Fei. Le projet s’inscrit dans une démarche expérimentale, la vidéo étant faite de fragments visuels, de gestes et de situations qui semblent volontairement désarticulés. L’artiste y revendique une posture générationnelle : brouiller les frontières entre vérité et absurdité, détourner les normes établies, contester les systèmes qui encadrent le réel. En creux, Cao Fei s’intéresse aussi à « une adolescence turbulente » qui pousse à arracher les règles faisant obstacle à une réalité intérieure plus intime.

2006 : Whose Utopia
Tourné dans une usine d’éclairage en Chine, Whose Utopia est une vidéo en trois parties qui mêle documentaire et mise en scène. Cao Fei y filme d’abord les ouvriers dans leur quotidien : gestes répétitifs, cadence soutenue, organisation industrielle stricte… Puis, dans un second temps, chaque travailleur interprète au sein même de l’usine une aspiration personnelle, que ce soit la danse, la musique, ou toutes sortes de performance. Des interventions qui viennent perturber l’espace productif sans jamais le quitter, et qui contribuent ainsi à humaniser ces travailleurs invisibles.

2007 : RMB City
Avec RMB City, Cao Fei conçoit une île virtuelle au sein de la plateforme Second Life. Ce projet artistique, pensé comme une zone expérimentale, se développe sous la forme d’un environnement numérique interactif, combinant architecture, performance et narration. L’espace imaginaire rassemble des éléments hétérogènes (monuments emblématiques chinois, infrastructures futuristes, symboles politiques et culturels…), tous activés par des avatars et des événements en ligne, auxquels participent différents artistes et utilisateurs. L’idée ? Observer et rejouer les dynamiques de l’urbanisation et de la mondialisation dans un cadre simulé.

2019 : Exposition personnelle au Centre Pompidou
Présentée au Centre Pompidou, l’exposition HX constitue une étape importante dans la reconnaissance institutionnelle de Cao Fei en Europe. Elle s’organise autour d’un projet consacré à un ancien complexe cinématographique et industriel de Pékin. Au travers de films, installations et archives, l’artiste retrace l’évolution de ce lieu, depuis son activité passée jusqu’à son abandon. Pour donner une autre dimension à son récit, elle y introduit également des éléments fictionnels, imaginant notamment des personnages et des récits liés à cet espace. Clairement, Cao Fei entend ici proposer une réflexion complète sur la mémoire urbaine et les transformations liées à la modernisation rapide des villes chinoises.

2026 : Dash
Actuellement présenté à la Fondazione Prada, à Milan, Dash explore les mutations contemporaines du monde agricole. L’installation vidéo associe des images de technologies avancées et des représentations de pratiques rurales. Avec ce projet, Cao Fei se penche sur la question de l’introduction de l’intelligence artificielle dans l’agriculture, ainsi qu’à ses effets sur les paysages et les modes de production. Un moyen pour elle d’élargir encore plus son champ d’étude, en abordant les espaces ruraux comme autant de nouveaux terrains d’observation des changements économiques et sociaux.
- Cao Fei, Testimonies to the Near Future, du 30.05 au 11.10, Kunstmuseum Basel, Bâle.