Dans cette série, Fisheye Immersive célèbre ce que l’art vidéo compte de plus singulier et de plus représentatif de notre époque. Actuellement exposé au BAL, à Paris, Fury de Marie Quéau est justement de ces oeuvres audiovisuelles qui ne peuvent que troubler.
Lauréate de la 5e édition du Prix LE BAL / ADAGP de la Jeune Création, Marie Quéau n’a visiblement qu’une obsession : pousser le corps dans ses retranchements. « Comment apprend-on à tomber, se jeter par une fenêtre, mourir, tout casser sur rendez-vous ? », entend-on d’ailleurs résonner au sein de l’espace d’exposition parisien le BAL, où le travail de l’ancienne élève de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles est présenté jusqu’au 8 février prochain. Si le ton est interrogatif, le doute, lui, n’est pas permis : à travers son exposition Fury – et le film éponyme qui l’accompagne -, Marie Quéau vise à exposer les corps à leurs seuils ultimes, à des états de tension maximale. Âmes sensibles, s’abstenir.

Eloge de la limite
Interrogeant l’éternelle frontière entre fiction et réalité, l’artiste française impose ici une cartographie des zones de rupture, là où l’être humain se brise puis se recompose. Oui, impose. Car entre poésie et fascination morbide, le cœur du spectateur balance régulièrement à la vue des gestes parfois brutaux que Marie Quéau met en scène. On y voit notamment des cascadeurs jetés hors du cadre, des apnéistes suspendus entre deux souffles, des acteurs en transe dans des studios de motion capture ou encore des adeptes de « fury rooms » libérant leur rage à grands coups de battes… En fil rouge : ce corps, encore et toujours, qui se découvre comme jamais, à la fois résilient et en perpétuelle tension.

Dans Fury, la chute n’est plus qu’un « simple » mouvement vers le bas, mais une véritable métaphore : celle de l’envol, de la libération, voire même dans la contrainte. Si l’on a la sensation d’assister à une perte de contrôle, c’est justement le contrôle poussé à l’extrême de la vie des protagonistes qui interroge : comment peut-on, consciemment, faire subir tant d’épreuves à son corps ? Une question qui nous obsède à mesure que l’on évolue au sein de l’espace immersif pensé par l’artiste, où le film occupe une place centrale, enveloppe, imprègne durablement la rétine, tandis que les mains qui brûlent et les genoux qui s’écorchent nous blessent. Quoique…
Ce qui est obsédant dans le travail de Marie Quéau, c’est justement la célébration de ces moments où l’on touche les limites de soi, où le choc engendre du sens et de la beauté, bien au-delà de la douleur. Fury, c’est un entre-deux fragile, où la violence devient langage, où chaque image a un impact, où chaque regard oscille entre cri d’effroi et silence absolu.