Dans cette nouvelle série, Fisheye Immersive célèbre ce que l’art vidéo compte de plus singulier et de plus représentatif de notre époque. Actuellement exposée Mrac Occitanie, l’œuvre Voir la mer de Sophie Calle entre indéniablement dans cette catégorie, ne serait-ce que parce qu’elle se joue des conventions et des frontières pour proposer une expérience aussi visuelle que sensorielle.
Intitulée Êtes-vous triste ? et présentée jusqu’au 21 septembre, l’exposition du Mrac Occitanie consacrée à Sophie Calle est à l’image de cette dernière : pleine de surprise. Artiste conceptuelle, photographe ou encore vidéaste, la Française est avant tout une conteuse d’histoires, qu’elle déroule selon un langage poétique, bien à elle. Souvent avec humour, parfois avec distance, d’autres fois avec un œil critique. Une manière somme toute personnelle de présenter ses travaux au monde, dont on retrouve l’audace, la singularité et la profondeur de champ dans Voir la mer, une des œuvres présentés au sein de l’exposition.

Voir à travers l’oeil de l’autre
Conçue en 2012 comme une installation, l’œuvre vidéo est composée de 14 films numériques mettant en scène des habitants d’Istanbul, souvent venus de l’intérieur de la Turquie, à qui a été offert la possibilité, forcément salvatrice, de regarder la mer pour la première fois. D’abord montrés de dos regardant le large, les protagonistes invitent le spectateur à contempler, à leur tour, la houle à travers leurs yeux. Après quelques minutes de méditation, les personnes filmées par la réalisatrice Caroline Champetier se retournent, lentement, empreintes de l’émotion suscitée par cette vision enchanteresse.
Les vertiges du bleu
Cette mise en abyme des regards en dit aussi bien sur ceux qui sont directement confrontés à l’expérience de « voir la mer » qu’aux visiteurs de l’exposition, immergés dans une sensation d’empathie profonde face au bouleversements intérieurs des différents héros de ces mini-films. Un lien profond se tisse alors entre tous les éléments de l’installation. « La relation triangulaire entre habitant, mer et artiste se métamorphose en un quatuor où les frontières deviennent poreuses », résume très justement Marion Lemoult dans le catalogue Sophie Calle : voir la mer, publié aux éditions Actes Sud.
Dans l’œuvre de Sophie Calle, cette connexion est matérialisée visuellement par l’omniprésence du bleu, une nuance souvent associée à l’apaisement, mais aussi à la confiance. Car finalement, n’est-ce pas là le message envoyé par l’artiste ? S’abandonner totalement dans les sentiments des autres, leur faire confiance, tout en nous confrontant à notre empathie et à accepter notre capacité à nous émerveiller, nous aussi, y compris face à ce qui nous semble être le plus banal. De la poésie à l’état pur.