Dans cette série, Fisheye Immersive célèbre ce que l’art vidéo compte de plus singulier et de plus représentatif de notre époque. À l’image de The Breathing Lake de Dionís Escorsa, où la peinture et la 3D servent à offrir une autre représentation d’un monde possiblement voué à disparaître.
D’un côté, il y a ces images mouvantes projetées sur des toiles anciennes, qui permettent à l’artiste Dionís Escorsa tantôt de donner un nouveau souffle à un clocher romanesque, tantôt de faire bouger une étendue d’eau jusqu’alors figée par l’huile. De l’autre, il y a ces images en mouvement projetées sur un corps de quatre peintures sur bois, chargées de faire faire vivre le réservoir de Sau, situé au cœur d’Osona, au-delà de son statut de muse. Dans la foulée, l’Espagnol ajoute à cette base picturale un vidéomapping 3D superposant en temps réel un aléa climatique. Conséquences : la pluie tombe, le niveaux des eaux monte, le soleil se lève et les ombres s’allongent.

Une exploration de la transmission
Dans The Breathing Lake, récemment présentée à la galerie RocioSantaCruz, le clocher immergé est « le frère » d’un autre clocher, celui peint par le grand-père de Dionís Escorsa, quelques kilomètres plus loin, à Tavèrnoles. En reprenant ce motif et en lui ajoutant des éléments vivant, l’artiste, aujourd’hui installé à Barcelone, opère une réactivation de l’histoire intime, tout en la projetant dans l’histoire commune. Loin de n’être que des ruines, le lac et le clocher apparaissent comme des ponts entre les différentes générations de la région, qui ont tour à tour vu l’édifice religieux apparaître et disparaître au gré des sécheresses.
C’est là la puissance poétique de The Breathing Lake : retranscrire à la perfection, et selon différents médiums, l’incertitude du paysage. Ici, le souffle n’est pas stable, le niveau baisse, l’eau recule. La tour se dévoile, puis se cache. L’œuvre, dès lors, se reçoit comme une mise en lumière d’un patrimoine en danger, interrogeant notre rapport au temps, mais aussi à la pierre, et aux histoires qu’elle raconte.