Dans cette nouvelle série, Fisheye Immersive célèbre ce que l’art vidéo compte de plus singulier et de plus représentatif de notre époque. Ce mois-ci, l’intérêt se porte sur As We Fade de Saodat Ismailova, une installation de dix-neuf minutes qui puise sa source dans la montagne sacrée de Sulaiman Too, au Kirghizistan.
Comment reproduire l’atmosphère si particulière d’un mont spirituel au sein d’un espace d’exposition ? Pour la réalisatrice ouzbek Saodat Ismailova, cela passe par un certain goût pour la mise en scène, qui tend à reproduire le silence rassurant des croyances diverses. Court-métrage de dix-neuf minutes alternant les passages en couleur et en noir et blanc, As We Fade se déploie actuellement à la Fondation Pernod Ricard sur 24 panneaux de soie – socles d’une expérience unique à laquelle l’artiste convie les spectateurs venue la découvrir dans le cadre de son invitation à la première édition du « Nouveau Programme ». Ici, chaque morceau de tissu accueille le fragment d’une histoire bien plus dense que lui afin de créer une tapisserie audiovisuelle aussi inédite que profonde.

Le récit d’un territoire à part
Cette histoire, c’est celle de la Sulaiman Too, montagne au Kirghizistan appelée aussi « Trône de Salomon », inscrite sur la liste du patrimoine mondial en 2009, en raison notamment de son fort pouvoir mystique. Accueillant de nombreux anciens lieux de culte, l’élévation rocheuse domine la ville d’Och, autrefois centre névralgique du commerce de la soie et théâtre d’affrontements entre Kirghizes et Ouzbeks depuis les années 1990.
Inscrit dans un contexte à la fois politique et mystique, le récit élaboré par Saodat Ismailova, artiste-cinéaste âgée de 44 ans, met en scène une série de rituels pratiqués à travers différents lieux de la montagne ; laquelle contient en son cœur le plus sacré : un musée moderniste soviétique construit dans la grotte.

Le sens de la narration
Intégrant des images d’archives d’un premier film de 1992, baptisé Sulaiman Too, mais également des prises de vue aériennes de la ville tiraillée par les conflits liés à l’URSS, As We Fade propose une vue à 360 degrés d’un territoire sans pareille, pris entre spiritualité, capitalisme et conflits en tout genre. Le tout, avec une poésie rare. C’est d’ailleurs là toute la singularité du film, ce qui le distingue du tout-venant : cet art de la narration aussi sensible que visuelle, qui ne se contente pas uniquement de revenir sur des faits, mais qui leur insuffle un peu de vie, aussi.