Charlotte Johannesson, aux prémices du tissage génératif

16 décembre 2024   •  
Écrit par Zoé Terouinard
Charlotte Johannesson, aux prémices du tissage génératif
Charlotte Johannesson lors de son exposition au Nottingham Contemporary, 2023. ©Adrian Vitelleschi Cook/Nottingham Contemporary

À 81, l’artiste suédoise est mise à l’honneur par le Mudam aux côtés d’une cinquantaine d’autres créatrices au sein de l’exposition Radical Software : Women, Art & Computing 1960–1991. L’occasion de revenir sur la carrière d’une pionnière, qui a tôt fait de l’association technologie/artisanat son leitmotiv.

Il y a des noms qui marquent l’Histoire de l’art pour toujours. Quoique rarement cité, celui de Charlotte Johannesson est l’un d’entre eux. Née à Malmö en 1943, la Suédoise se forme dans un premier temps à devenir tisserande. En 1978, pourtant, comme elle le revendique fièrement à chaque interview, elle troque son métier à tisser contre un Apple II – la légende dit qu’elle a acquis son premier ordinateur en échange de l’œuvre textile I’m NO ANGEL. Elle découvre alors « une grande synchronicité entre le métier à tisser et l’ordinateur » et fonde, aux côtés de son époux, Sture Johannesson, le Digitalteatern (théâtre numérique) en 1981. Quésaco ? Oh, rien d’autre que le premier laboratoire d’art numérique de Scandinavie. 

Dans une salle d'exposition, des écrans créent le trouble entre ce qui est tissé et ce qui est généré informatiquement.
Untitled, 1981-85, digital computer graphics, vue de l’installation Take Me To Another World, Musée Reina Sofía, 2021 ©Charlotte Johannesson

De fil à l’écran

Grâce aux neuf ordinateurs et autres outils numériques présents dans son laboratoire, Charlotte Johannesson y apprend la programmation et donne une nouvelle impulsion à sa carrière : ses tapisseries, elle les réalisera désormais grâce à l’informatique. « Sur un ordinateur, l’image comprend 239 pixels horizontaux et 191 pixels verticaux, soit environ les mêmes dimensions avec lesquelles je travaillais sur un métier à tisser », rappelle la plasticienne, pour qui faire le lien entre textile et technologie est finalement une évidence. 

Cette radicalité, qui préfigure en quelque sorte notre existence actuelle, tout en réseaux, on la retrouve aujourd’hui dans ses différentes œuvres exposées au Mudam, le temps d’une exposition dédiée aux pionnières de la création artistique via des outils informatiques, Radical Software – Women, Art & Computing 1960-1991. En juxtaposant des images pixelisées empruntées aux médias et à la pop-culture, Charlotte Johannesson y multiplie les formats et propose aussi bien des œuvres imprimées que des animations ou des travaux textiles : une pluralité de médium parfaitement représentée au sein de cette exposition collective, qui déploie les travaux colorés de l’artiste dans la galerie qui lui est dédiée ainsi que dans le Jardin des sculptures, confrontant les apports de Charlotte Johannesson à ceux d’autres créatrices, de Rebecca Allen à Vera Molnár, en passant par Ulla Wiggen. Ou comment, depuis la fin des années 1970, la Suédoise a ouvert la voie à de nombreux artistes expérimentant elles aussi les points communs entre tissage, broderie et algorithmes.

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