Deux projets numériques, « Closer to Van Eyck » et « Closer to Memling », troublent notre rapport à la peinture flamande en ouvrant grand les coulisses de l’invisible. Et si la meilleure façon d’approcher un chef-d’œuvre vieux de six siècles était… un écran ?
Il y a ce que l’œil voit. Et puis il y a tout le reste. Les repentirs, les couches de vernis accumulées sur plusieurs générations, les esquisses enfouies sous la matière picturale, les accidents, les choix… Pendant des siècles, ces secrets n’appartenaient qu’aux artistes, aux restaurateurs et aux scientifiques. Aujourd’hui, une série de projets numériques baptisés « Closer to » les rend enfin accessibles à tous les amoureux de peinture, et porte une ambition à la fois simple et audacieuse : nous rapprocher, pixel par pixel, du génie des primitifs flamands.

Les grands maîtres de la peinture flamande en haute résolution
Amorcé dans le sillage d’une grande campagne de restauration lancée en 2012 par l’Institut Royal du Patrimoine Artistique (KIK-IRPA) de Bruxelles, le projet « Closer to Van Eyck » s’est attaqué au monument absolu : L’Adoration de l’Agneau mystique, polyptique du XVe siècle conservé au sein de la cathédrale Saint-Bavon à Gand. Chacun des panneaux a été soumis à une batterie de techniques (macrophotographie, réflectographie infrarouge, radiographie X), pour produire une restitution numérique de 100 milliards de pixels, soit une résolution environ 200 000 fois supérieure à celle d’une photo ordinaire.
Le résultat, accessible sur closertovaneyck.kikirpa.be, permet à n’importe qui de plonger dans les détails que même un visiteur collé à la vitre protectrice ne pourrait jamais distinguer. Le professeur Ron Spronk de l’université Radboud, qui a supervisé le projet, le résume bien : l’outil peut servir à la recherche scientifique, à l’éducation, ou simplement à s’émerveiller. Tout le monde y trouve son compte.

Ambitieux, ce premier « chantier » a inspiré Musea Brugge à lancer « Closer to Memling », consacré à Hans Memling (1430-1494), figure tutélaire de la Renaissance flamande dont les œuvres sont conservées au Musée Sint-Janshospitaal et au Groeningemuseum. Le même arsenal technologique y est développé : images ultra-haute résolution, réflectographie infrarouge, macro-photographie sous quatre éclairages différents… Autant de regards croisés qui dévoilent la genèse des compositions, les corrections, et les hésitations du peintre.
Mais « Closer to Memling » va plus loin encore en proposant au Museum Sint-Janshospitaal une expérience immersive. Dans les combles médiévaux du bâtiment, un écran de près de cinq mètres sur cinq plonge le visiteur au cœur des tableaux, entre jeux interactifs et musique polyphonique d’époque. Numérique et in situ, savant et ludique, la formule semble avoir trouvé son équilibre. Quant aux secrets de ces différentes peintures, on ne peut que se réjouir qu’ils soient enfin dévoilés.