Repenser notre interaction aux autres via le mouvement et notre relation au corps, c’est l’ambition de cette expérience interactive en réalité virtuelle, récemment présentée à la Biennale Némo.
Au cœur d’un désert du Nouveau-Mexique balayé par la tempête, nos mains tracent des traînées de lumière dans le vide. Nous ne sommes plus seuls : aux côtés de trois autres personnes, nous entamons une danse vécue, nous redécouvrons nos corps, nos rythmes, nos lignes. Collective Body, expérience immersive en réalité virtuelle signée Sarah Silverblatt-Buser, incarne la manière dont nos histoires intimes et collectives s’écrivent en mouvement.
Du geste intime à la chorégraphie collective
Dans Collective Body, produit par Atlas V, chaque participant est d’abord seul face à l’inconnu, aux hésitations premières, à la fragilité. L’expérience invite à réapprendre le geste, à renouer avec les premières façons de sentir le monde que l’on a fini par rapidement oublier. Puis, celles et ceux qui s’approchent se dévoilent, gestes après gestes, dans une rencontre d’avatars personnalisés inspirés des quatre éléments générés en temps réel par un algorithme qui capte la vitesse, l’amplitude et la rotation de des mouvements.
La magie opère quand ces avatars dansent ensemble, que nos corps virtuels (ou peut-être réels ?) s’accordent. On entre ainsi dans un espace où l’identité du mouvement de l’un se mêle, se répond, s’harmonise avec celle d’un autre. Dans un souffle, en un simple geste, on abandonne l’idée de masque pour incarner, en douceur, un « nous », une entité collective.

Rendre visible les histoires silencieuses
À travers cette œuvre, la chorégraphe et réalisatrice Sarah Silverblatt-Buser revendique ce besoin de reconnecter le geste à l’histoire, le corps à ses sensibilités, la mémoire à ses échos : « Mon travail met en exergue la capacité singulière du corps à faire sens du monde qui l’entoure. Nos histoires personnelles et celles qui nous ont été transmises par les générations précédentes habitent et animent nos mouvements, détaille la réalisatrice pour Diversion. Collective Body rend visible ces histoires silencieuses et donne vie à nos identités de mouvement, que je souhaite révéler aux participant·es, et leur permettre de mieux se connaître à travers leurs mouvements. » Et soudain, voilà que nos gestes incarnent une poésie partagée.