Le Centre Pompidou a récemment annoncé la création d’un « Comité Art Numérique », une structure de mécénat pensée pour cinq ans et destinée à soutenir l’acquisition d’œuvres numériques par le musée national d’Art moderne.
Le geste n’a rien d’improvisé. Depuis l’Atelier de Recherches en Techniques Avancées fondé en 1975, « Beaubourg » entretient un dialogue continu avec les formes de création nées de l’informatique, jalonné d’expositions marquantes, des Immatériaux de 1985 au plus récent cycle Mutations/Créations. La création de ce nouveau comité apparaît alors presque comme une simple formalité. L’occasion pour le Centre Pompidou de pérenniser un engagement de longue date en réunissant des mécènes français et internationaux autour d’un objectif commun : irriguer durablement la collection d’œuvres numériques, mais aussi financer des publications, la recherche, des expositions et la conservation d’une multitude d’œuvres digitales. Une manière de dire au monde que l’art numérique n’est plus un outsider un peu geek du monde de l’art, mais un pan à part entière de son histoire.

Une collection déjà bien engagée
Il faut dire que le terrain était préparé depuis longtemps. Depuis 2023, année au cours de laquelle Pompidou devient le premier musée d’art moderne et contemporain à intégrer des œuvres liées à la blockchain, les entrées se sont multipliées. Des pièces de Robert Alice, Rhea Myers ou Anna Ridler, un don généreux d’œuvres génératives de Tyler Hobbs, les premières incursions en réalité virtuelle avec Hayoun Kwon et Jeanne Susplugas, en réalité augmentée avec Hito Steyerl… Ces dernières années, le Centre Pompidou a peu à peu contribué à renforcer la crédibilité d’artistes numériques et à intégrer pleinement ses différentes pratiques à la scène créative internationale. Un label renforcé par un partenariat avec KADIST qui a permis d’ouvrir la voie à des œuvres pensées autour de l’intelligence artificielle, signées Éric Baudelaire, ou Holly Herndon et Mat Dryhurst.
Le Comité Art Numérique arrive donc moins pour lancer une dynamique que pour l’accélérer, et lui donner les moyens financiers qui lui manquaient peut-être. C’est du moins ce que suggère un communiqué de l’institution, qui présente ce projet comme une « mobilisation collective de collectionneurs et d’acteurs de la scène numérique pour accompagner l’enrichissement des collections du Centre Pompidou ».

Être aux avant-postes des nouveaux médias
Concrètement, Pompidou précise que ce comité portera une attention particulière aux œuvres « onchain » et aux formes émergentes d’art génératif. Trois rendez-vous, dans le cadre du programme Constellation, viendront prochainement illustrer cette ambition : « Nos chimères sont-elles ce qui nous ressemble le mieux ? », consacrée aux LLM et à l’IA générative, à découvrir jusqu’au 13 décembre ; « Computer Worlds », la déclinaison de la collection du Pompidou au West Bund Museum de Shanghai ; et « Unstable Media in the 21st Century », à la Kunsthalle de Hambourg. De quoi rappeler que la bataille des collections numériques ne se joue pas que dans les espaces alternatifs, mais aussi et surtout du côté des institutions les plus anciennes.