Jusqu’au 15 novembre, la Kestner Gesellschaft de Hanovre offre à Karimah Ashadu sa première exposition institutionnelle en Allemagne. Baptisée Crystalline, celle-ci dévoile en avant-première mondiale WAVES, un film tourné dans un lave-auto informel de Lagos. L’occasion de revenir sur le parcours d’une des voix les plus singulières du documentaire contemporain.
Tout commence dans les rues du Nigeria. Depuis le début des années 2010, Karimah Ashadu part à la rencontre des économies informelles de son pays d’origine, des bouchers aux chauffeurs de moto-taxi clandestins, en passant par les mineurs, les cowboys ou les bodybuilders qui s’entraînent dans la rue. Seulement, filmer ne lui suffit pas. Il lui faut sculpter le réel, avant de le capturer sur pellicule. Dans King of Boys (Abattoir of Makoko), la caméra tournoie ainsi autour d’un abattoir à ciel ouvert, comme une lame de couteau cherche sa découpe. Dans MUSCLE, elle façonne le corps masculin au montage, comme au burin. Quant à Cowboy, le film convoque les codes du western pour mieux les détourner.

Une ode aux récits afro-diasporiques
Que reste-t-il de la virilité quand on la filme d’aussi près ? Cette question traverse justement l’œuvre de Karimah Ashadu dans son ensemble. Une oeuvre tendue vers les structures du capitalisme consumériste et les performances, au sens propre comme au figuré, de la masculinité. Quant à son exposition monographique allemande, nul doute qu’elle se reçoit comme le chapitre le plus ambitieux de sa jeune carrière.
Pour WAVES, Karimah Ashadu a posé sa caméra dans le quartier d’Oniru, sur une bande de terre tout juste arrachée à l’océan, où de jeunes hommes déplacés par les conflits du nord du pays lavent des voitures à mains nues. Le film dialogue à Hanovre avec huit photographies travaillées à l’eau salée, à l’encre et à l’eau de Javel, sur lesquelles des cristaux poussent lentement à mesure que l’eau s’évapore. Preuve que l’histoire narrée par Karimah Ashadu continue de s’écrire. D’ailleurs, une fois cette étape allemande achevée, c’est à Chicago que l’artiste présentera ses films, le temps de deux nouvelles expositions tournées vers les récits afro-diasporiques. Le genre du film documentaire n’a qu’à bien se tenir : un nouveau nom débarque.