Daniel Arsham, Felipe Pantone, Vhils, Hebru Brantley… Grâce à la plateforme Contemporary100, qui vient de lancer une collection inédite de cartes à collectionner, cent artistes contemporains passent des murs des galeries au format pocket . De quoi troquer ses Pokémon contre des oeuvres d’art ?
Qui aurait pu prédire que les stickers-album façon Panini puisse rencontrer les ambiances feutrées des salles de vente ? Les fondateurs de Contemporary100, eux, ne voient pas le problème : depuis le 28 juillet, ces derniers développent la première collection mondiale de cartes à collectionner entièrement dédiée à l’art contemporain. Sur le papier, le principe évoque celui d’un jeu de cartes classique dont on retrouve toutes les composantes : des paquets aléatoires, des cartes de base, des exemplaires holographiques, et des pièces rares à dénicher…
La différence, c’est qu’ici, ces cartes ne représentent ni footballeurs, ni petites créatures japonaises ; elles sont l’œuvre de plasticiens actuels. « Depuis des années, nous aidons des dizaines de millions de personnes à découvrir l’art contemporain en ligne, résume Coby Katz, fondateur de Contemporary100, à Hypebeast. Nous transposons ce même sentiment de découverte [procuré par un jeu de cartes] dans le monde réel, pour rendre l’art contemporain plus accessible et offrir aux fans une nouvelle façon de découvrir des artistes, de soutenir ceux qu’ils aiment et de constituer leur propre collection. »

Cent artistes, un même jeu
Des artistes comme Daniel Arsham, Felipe Pantone, Vhils, Hebru Brantley, Josh Sperling, Stickymonger, Gina Beavers ou encore Johnson Tsang incarnent ce premier lancement de cartes à collectionner. Chaque pack, vendu à l’unité ou en lot, renferme dix cartes : neuf standards, une version « foil », et la possibilité, ténue mais bien réelle, de tomber sur un exemplaire signé de la main de l’artiste. Une mécanique de hasard calculé, empruntée aux univers du sport ou du gaming, et réinjectée dans un secteur a qui on a longtemps reproché de se prendre trop au sérieux.
Car au-delà du concept, c’est bien de cela qu’il s’agit : rendre ludique et accessible un marché encore trop verrouillé par l’exclusivité, les prix et la disponibilité d’oeuvres originales. « Les cartes à collectionner se situent à la croisée de l’image, de l’objet et de la mémoire, et véhiculent des histoires qui vont bien au-delà de leur surface, a déclaré Daniel Arsham dans un communiqué. Faire entrer les artistes contemporains dans ce format ouvre plus largement la collection, en leur donnant l’occasion de créer quelque chose d’accessible et d’enthousiasmant pour leurs fans. » Derrière ce discours, parfaitement rodé en réunion marketing, derrière aussi un tel degré de démocratisation, une question se pose inévitablement : en transformant l’art en jeu à collectionné, est-ce le populariser, ou le réduire à une image d’Épinal de lui-même ? Les prochaines collections, promises avec des éditions limitées et diverses collaborations, devraient permettre d’en juger sur la durée.