Malgré l’engouement autour de la sortie en salles de Toy Story 5, Pixar le sait : conçu avec les outils d’OpenAI, Critterz pourrait bien faire trembler le monde de l’animation. Encore faut-il que ce long-métrage finisse par voir le jour…
Tout commence avec un dessin. En 2023, Chad Nelson, créatif chez OpenAI, utilise DALL-E et imagine des personnages et des décors fantaisistes, des petites créatures sylvestres dont la vie bascule à l’arrivée d’un visiteur mystérieux. Le court-métrage qui en résulte circule, fait le tour des réseaux, et finit par tomber sous les radars des décideurs de la firme américaine, qui décident de donner le feu vert à une version longue. Deux ans plus tard, Critterz entend ainsi être le premier long-métrage d’animation grand public à intégrer l’IA à chaque étape de sa production. Inévitablement, il est devenu presque malgré lui le banc d’essai le plus scruté de l’histoire récente du cinéma.
« L’émerveillement des films fantastiques des années 80 »
Le film est réalisé et produit par Nik Kleverov, cofondateur de Native Foreign, et produit par Chad Nelson, Allan Niblo et James Richardson de Vertigo Films. Profitant de la hype, le studio a par ailleurs lancé amersia, une nouvelle société de production native en IA, et dévoilé son premier outil technologique, Woven – précisément celui utilisé pour concervoir Critterz. Le scénario, lui, a été confié à des plumes aguerries, notamment James Lamont et Jon Foster, duo derrière Paddington au Pérou, qui imaginent un ensemble d’aventures autour d’une petite créature des bois, anxieuse mais courageuse, qui s’allie à une bande d’inadaptés excentriques dans une quête périlleuse pour retrouver son frère disparu.
Le projet affiche une logique hybride revendiquée : les artistes humains fournissent les premiers croquis, ensuite introduits dans les outils d’IA, tandis que les voix des personnages sont interprétées par des comédiens. Résultat ? Un budget inférieur à 30 millions de dollars, soit une fraction du coût d’un Pixar ou d’un DreamWorks, qui fait rêver les investisseurs autant qu’il inquiète les artistes. Dans un secteur déjà secoué par de longues grèves et des négociations âpres sur la place de l’IA en salles de montage ou d’écriture, les grands studios avancent en effet prudemment sur ce terrain, soucieux de ne pas heurter tous ces acteurs et scénaristes qui redoutent de perdre leurs emplois. En attendant, Critterz multiple les belles promesses, surtout pour un aussi petit budget. En interview, Nik Kleverob y va lui aussi de son petit teasing, affirmant que son film contiendrait « l’émerveillement des films fantastiques des années 80, l’esprit de The Goonies et la portée épique de L’Histoire sans fin ». Rien que ça.

Sora coupe, le film dérape
L’ambition était de taille, les embûches à l’avenant. Critterz devait faire ses débuts au Festival de Cannes cette année, mais a manqué ce rendez-vous après qu’OpenAI a mis fin à son outil de génération vidéo (Sora) forçant ses créateurs à chercher un nouveau partenaire. Pour un rappel : Sora a été fermé en mars dernier, moins de trois mois après qu’OpenAI ait signé un accord de licence jugé historique avec Disney – ironie cruelle pour un studio comme Native Foreign qui rêvait de détrôner les héritiers de Walt… OpenAI, de son côté, a tenu à recadrer son rôle : un porte-parole a précisé que Critterz est « un film indépendant créé par ses réalisateurs, qui expérimentent les outils d’OpenAI dans le cadre de leur processus créatif ». En clair, OpenAI n’en est ni le financeur, ni le producteur.
Désormais en quête d’un distributeur et d’un nouveau partenaire technologique, les producteurs visent une sortie au premier trimestre 2027 et maintiennent que l’IA peut accomplir des miracles industriels. « Un film comme celui-ci aurait nécessité trois ans et peut-être 300 personnes. Nous le faisons en neuf mois avec 15 personnes », assure James Richardson. Quant à savoir si quinze personnes et un algorithme suffisent à faire battre des cœurs en salle, cela reste encore à prouver.