Avant d’être un morceau sur le dernier album de Madonna, « Danceteria » était un club de six étages où les New-Yorkais dansaient sur la piste tandis que les images dansaient sur des écrans. Retour sur un club pionnier qui a fait de la vidéo un objet de fête à part entière.
En 1979, un after illégal ouvre sur West 37th Street, mélange improbable de rockeurs, de clubbers gays et de punks en rupture de ban. Fermé au bout d’un an par les pompiers, ce premier repaire amorce l’ère « Danceteria », sorte d’anti Studio 54. Sous l’impulsion de Rudolf Piper et Jim Fouratt, le lieu refuse les étiquettes… comme les adresses fixes. En effet, le club déménagera trois fois. Mais c’est la seconde adresse, dans un ancien immeuble industriel au 30 West 21st Street, qui marquera les esprits à jamais. Madonna, Keith Haring ou Sade y ont tous été serveurs. LL Cool J, lui, y a été garçon d’ascenseur. Et quasi toute cette foule de créatifs y a fait ses premiers pas sur scène.

Le troisième étage, laboratoire de l’image en mouvement
Évidemment, « Danceteria » est intimement lié à la légende Madonna, qui y a fait sa première scène et qui rend aujourd’hui hommage au club de sa jeunesse dans son dernier album, « Confession II ». Mais s’arrêter à cela reviendrait à ignorer l’étage qui a fait du lieu un cas à part dans l’histoire des nightclubs : son troisième étage, un salon vidéo pensé comme une programmation à part entière où l’on voit défiler les projets d’artistes vidéo émergeant, sous la direction de Kit Fitzgerald et John Sanborn, qui en assurent la direction artistique dès les débuts du club. Si les premiers essais assemblant images trouvées, publicités vintage, bandes-annonces détournées et premiers clips musicaux, rapidement, on y croisera des œuvres de Nam June Paik, déjà considéré comme le père fondateur de l’art vidéo, mais aussi de Kenneth Anger, ou encore de David Lynch. C’est simple : tout ceux qui possèdent une caméra à New-York doivent passer par le « Danceteria ».
Un héritage qui, loin de s’être dissous dans la nostalgie des années 1980, continue d’irriguer la culture pop comme les institutions muséales. En 2014, le Museum of Arts and Design de New York consacre une soirée entière à cette programmation pionnière tandis que 10 ans plus tard, l’écrivain et DJ Rafe Gomez a lancé « Danceteria REWIND », une émission hebdomadaire de deux heures diffusée en direct sur Twitch dédiée à faire revivre l’emblématique bande son du club new-yorkais. Le succès est immédiat et le format deviendra le plus regardé au monde dans la catégorie « Musique » de la plateforme de streaming. Aujourd’hui, le nom du club est à nouveau sur toutes les lèvres grâce à la reine de la pop, qui évoque dans ce morceau éponyme, sa jeunesse et les noms qui l’ont accompagnés avant qu’elle ne devienne l’icône que l’on connaît tous. Et tout ça, ça se passait au « Danceteria ».