À l’automne dernier, en marge du GIFF Festival, où Rave a séduit grâce à ses qualités immersives et son sens de la dramaturgie, le réalisateur Patrick Muroni nous racontait en détails la conception de sa première expérience en VR. En voici le récit.
« En 2020, j’ai pu montrer à Locarno un court-métrage sur les raves (Un matin d’été), et je me suis demandé s’il n’était pas possible d’aller plus loin. J’en ai alors parlé avec Mélanie Courtinat, avec qui j’étais à l’école. Je me suis intéressé plus concrètement aux principes de l’interaction, aux enjeux narratifs, et j’ai décidé d’opter pour un dispositif très minimaliste, un récit qui doit avant tout son déroulé à mon ADN de réalisateur. Bien sûr, on s’est posé de nombreuses questions, dont celle-ci : comment réussir à faire danser les gens avec un casque VR ?

Pour cela, on s’est dit que l’idéal était de raconter les prémices d’une soirée, les préparatifs, les moments de doute et d’excitation, etc. Le spectateur peut évidemment regarder où il veut, mais le scénario ne bouge pas, même s’il a beaucoup changé, évolué au fur et à mesure que je découvrais plus concrètement la technique propre à la réalité virtuelle. C’était d’ailleurs marrant de constater que les producteurs et les financeurs n’étaient pas hostiles à ces changements, là où les distributeurs et diffuseurs évoluant dans le monde du cinéma font très attention à ces modifications. En gros, ce qui a été financé doit correspondre à ce qui sera vendu.
Pour Rave, le scénario tient finalement en cinq pages. Et encore, il était plus court au début… Sauf que le principe de l’immersion ne fonctionnait pas. Les spectateurs arrivaient trop vite à la soirée, ils ne se sentaient pas déconnectés et, inévitablement, finissaient par s’ennuyer. Avec le temps, on s’est rendu compte que si on les faisait passer par plusieurs étapes – préparer la soirée, se tromper de chemin, prendre de la drogue ou non, rencontrer un autre personnage racontant le traitement politique de ces fêtes -, on racontait alors une vraie histoire, on générait de la frustration – du genre : quand la fête va-t-elle commencer ? – et on finissait par provoquer la libération des corps au moment fatidique.

Je sais que l’on compare facilement Rave à In Pursuit Of Repetitive Beats de Darren Emerson, sorte de mastodonte de la VR présenté l’année dernière au GIFF. J’ai pourtant refusé de le voir avant de me lancer dans ce projet, finalement bien plus minimaliste et fictionnel. Au moment de penser Rave, je me suis d’ailleurs rendu compte que le fait d’ajouter trop de gadgets ne fonctionnait pas, que l’on s’éloignait à ce moment-là du but recherché. Il me fallait juste un peu de temps pour comprendre les enjeux de la VR. »
- Cet article a été initialement publié dans le n°38 de notre newsletter éditoriale.