À Los Angeles, le musée inédit porté par Refik Anadol ouvrira ses portes le 20 juin prochain. Mais que sait-on réellement de Dataland, ce tout premier espace d’exposition consacré à l’IA ?
Il y a des lieux qui changent la définition même de ce qu’est un musée. Dataland est l’un de ceux-là. Imaginé par Refik Anadol et son partenaire de studio, Efsun Erkılıç, ce temple de 25 000 mètres carrés installé au cœur du Grand L.A de Frank Gehry ne se contente pas de présenter des œuvres : lui aussi, en est une. Une oeuvre vivante, sensorielle, mémorielle, en phase avec son époque. « Depuis 5 000 ans, les œuvres d’art touchent les gens, mais cette relation a toujours été à sens unique, déclare l’artiste turc, à l’origine du projet. Lors du développement de Dataland, nous nous sommes demandé : “Les œuvres d’art peuvent-elles nous ressentir en retour ?” Nous rêvions d’un lieu où le public et l’œuvre d’art pourraient fusionner, créant une boucle de rétroaction d’émotions collectives. Grâce à des collaborations avec des innovateurs extraordinaires et à des technologies directement intégrées à l’architecture elle-même, ce rêve est désormais devenu réalité. »
Une utopie rendue possible grâce à l’intégration invisible de technologies de pointe dans les murs, les plafonds et les sols du bâtiment, ainsi qu’à un système informatique centralisé, sorte de centre névralgique du musée, capable de traiter et de réagir en temps réel.

L’art comme on ne l’a jamais vu
C’est d’ailleurs grâce à ces diverses innovations technologiques que l’exposition inaugurale paraît d’avance si spectaculaire. Intitulée Machine Dreams: Rainforest, cette dernière traverse cinq galeries pour parler d’écologie différemment, en engageant tous les sens simultanément. Les yeux d’abord : 1,5 milliard de pixels répartis entre 84 projecteurs 4K, 1 577 dalles LED sur 3 500 mètres carrés, et une « Infinity Room », sorte de grand cube immersif. Les oreilles, ensuite : 250 enceintes diffusant une bande-son évolutive où se mêlent une composition originale, une écologie acoustique de la forêt tropicale et des chants sacrés Yawanawá. Le toucher est également sollicité grâce à trois écrans tactiles transparents qui invitent les visiteurs à créer leurs propres œuvres d’art en temps réel grâce à ce que Refink Anadol nomme le « pinceau pensant ».
Moins évident dans un musée, l’odorat est lui-aussi mis à l’épreuve grâce à L’Oréal Luxe, partenaire olfactif, qui a co-développé 12 empreintes avant-gardistes portées par des diffuseurs individuels, dont le Scent of Data, synthèse de muscs et d’aldéhyde, censé évoquer « la pulsation du code ». Et enfin, le goût, à travers un médium révolutionnaire de sculpture de données : Data.Chocolate, une expérience gustative exclusive imaginée en partenariat avec Valerie Gordon de Valerie Confections.

La version artistique de l’usine de Willy Wonka ?
Quant à savoir comment tout cela a-t-il pu être possible, disons que l’existence de DATALAND s’appuie avant tout sur de multiples révolutions technologiques, toutes mises au service de l’expérience muséale. Le cerveau du musée, baptisé Connectome, est un système de calcul haute performance qui orchestre en temps réel l’ensemble des flux de données à travers les différentes galeries. C’est lui qui fait vivre le Large Nature Model (LNM), pièce maîtresse du dispositif imaginée par le Refik Anadol Studio : une IA multimodale entraînée exclusivement sur le monde naturel, à partir de plus de 500 millions d’images issues de partenaires comme le Smithsonian, le Cornell Lab of Ornithology ou le Natural History Museum de Londres. Premier modèle de ce type à être en accès libre, le LNM est hébergé sur Google Cloud dans une zone à faible empreinte carbone en Oregon, fonctionnant à 87 % sur des énergies renouvelables. Résultat ? À peine l’équivalent d’une charge de smartphone suffit à régénérer l’œuvre pour chaque visiteur.
Au Dataland, il n’y a donc pas de boucle préenregistrée, ni de scénario figé, mais un dialogue vivant entre chair et algorithme. Et alors que Willy Wonka révolutionnait le monde du chocolat, Refik Anadol, lui, espère bouleverser complètement celui de la monstration muséale avec cette folle promesse, dont on pourra juger la crédibilité dès cet été.