Grand nom de l’art vidéo, David Haxton a récemment été célébré lors de la dernière édition d’OFFSCREEN Paris. Et si était venu le moment de rendre hommage au travail de ce pionnier de l’image en mouvement ?
Cinéaste et photographe né en 1943 à Indianapolis, David Haxton a longtemps oscillé entre image fixe et mouvante, photographie et film. Une approche artistique qui ont fait de lui un architecte de l’ombre, travaillant dans un studio-paysage depuis lequel il a longtemps cherché à révéler l’invisible à travers des films minimalistes et des clichés chargés de traces humaines. De quoi intéresser, de ses débuts à nos jours, certains des lieux les plus importants consacrés au cinéma expérimental et à l’art contemporain, de l’Anthology Film Archives au MoMA à New York, en passant par le Whitney Museum of American Art, la National Gallery ou encore le Centre Pompidou.


C’est également le cas d’OFFSCREEN Paris, dont la collaboration avec la Galerie La Patinoire Royale Bach a permis la présentation de trois pièces de l’artiste à la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière : Moving Picture Screens (1974), une installation filmique jamais montrée auparavant ; Bringing Lights Forward (1970), première œuvre canonique de David Haxton tournée en 16 mm ; et une série de diptyques photographiques vintage inédits. Dans ces films, le cinéaste opère avec une économie radicale. La caméra est statique, prenante, se substituant presque à l’appareil photo. Un peu comme s’il s’agissait pour lui de brouiller les frontières entre ses deux médiums de prédilection afin d’explorer le plus finement possible l’espace, non pour en bouleverser la géométrie, mais pour en révéler l’âme, la texture, les mouvements imperceptibles de la lumière et du corps.
La résonance d’un art silencieux
À la Chapelle Saint-Louis, ce retour de David Haxton à la lumière est un geste aussi politique que poétique. En inscrivant ses œuvres dans une architecture à la fois sacrée et chargée d’histoire, OFFSCREEN confère à Moving Picture Screens, présentée pour la première fois, un caractère presque religieux. On dirait presque les écrans prennent vie, qu’ils dialoguent avec les voûtes de pierre, qu’ils inversent le noir et le blanc et matérialisent la lumière sous la forme de points sombres, presque mystiques. Dans cette installation cinématographique, on voit l’artiste déplacer deux écrans dans son studio, comme un hommage discret à sa formation de peintre, restructurant l’espace tout en explorant la dimensionnalité d’un plan de cinéma.
Bringing Lights Forward frappe quant à lui par son humilité. Ce film en noir et blanc et en 16 mm, pourtant monumental dans sa portée, fait de David Haxton un chef d’orchestre discret, qui allume et éteint des lumières, joue avec les ombres, et révèle l’architecture de ses propres gestes. Performance silencieuse, presque ascétique, l’œuvre déploie le corps du performeur lentement sur un écran minimaliste.

Le goût de l’expérimentation
On comprend dès lors ce qui agite depuis près de six décennies celui qui ne peut s’empêcher de penser ses installations sans l’intervention d’écrans et de projecteurs : l’expérimentation du médium, la simulation d’un espace contemplatif, l’idée de faux-semblants. On comprend aussi que la force de David Haxton, c’est aussi et surtout ce travail d’archive, sa capacité à suspendre le temps, à charger l’air de présences invisibles. Ce qui, en 1975, dans une interview au Village Voice, incite Jonas Mekas à considérer les œuvres de l’Américain comme « l’exploration la plus inventive des possibilités et des illusions négatif-positif que j’ai vue dans un film ». Dont acte !