À l’occasion de la nouvelle édition de digital ORBIT_E, organisée par le Musée des Beaux-Arts Le Locle, l’artiste mexicain Canek Zapata imagine une œuvre infinie, qui se génère sans fin à mesure que l’on fait défiler la page vers le bas. D’où son titre, doomscrolling>>>, hérité de la culture web.
Et si l’on scrollait sans s’arrêter, non pas pour faire défiler les contenus tantôt polémiques, tantôt humoristiques sur les réseaux sociaux, mais bien pour apprécier une œuvre d’art qui ne s’arrêterait pas ? C’est le défi qu’a lancé la conservatrice brésilienne Kika Nicolela à Canek Zapata, dans le cadre de l’édition 2025 ORBIT_E. Aux côtés de 27 autres artistes internationaux, l’artiste mexicain imagine ainsi doomscrolling>>>, une base de données infinie, conçue pour évoluer de façon collective afin d’émerveiller chaque minute une communauté amatrice d’art numérique.

Un art à la fois esthétique et critique
De l’image animée à la création 3D, du son à la vidéo, du fichier png au GIF, les créations d’artistes comme Takashoshi, Estelle Flores ou moeshit rendent un hommage vibrant aux cultures Internet, s’inspirant pour cela des nombreux mouvements tissés sur la toile : net.art, GIF art, glitch art, spam art, crypto… Cette véritable spirale visuelle rend non seulement hommage aux grandes heures de l’histoire de l’art numérique, mais continue aussi de l’écrire. Et ce, non sans esprit critique.
Dans une époque caractérisée par la surconsommation d’images et la saturation informationnelle, l’oeuvre de Canek Zapata transforme l’excès en territoire plastique : un laboratoire de formes et de sens où chaque pixel, chaque boucle, chaque bug participe non seulement à l’élaboration de la pensée contemporaine, mais également à produire du sens. Visuel, émotionnel, historique : doomscrolling>>> est un véritable manifeste poétique et cybernétique, qui ne se contente pas simplement d’émettre une critique sur notre société, mais qui interroge les limites de l’art à l’ère des écrans, tout en questionnant la manière dont nos yeux, tellement habitué à l’image instantanée, souvent dénuée d’intérêt esthétique, se réhabituent instantanément à la beauté.