Des studios aux smartphones : quand l’art numérique devient accessible et participatif

Des studios aux smartphones : quand l’art numérique devient accessible et participatif
“Smartphone Orchestra” © Steye Hallema

Désormais, la création numérique nest plus réservée aux professionnels les plus fortunés, capables dinvestir dans des studios coûteux. Les meilleurs outils sont à portée de main, dans nos smartphones. De nombreux utilisateurs lambda ne sen privent pas, souvent avec inventivité, renforçant la maxime : « Lart est partout ». Retour sur cette révolution artistique !

La création numérique ne se cantonne plus aux seuls laboratoires sophistiqués, de même que le smartphone n’est plus, depuis plusieurs années déjà, un simple outil de communication. Les temps changent, les outils aussi, faisant de cet appareil en perpétuelle mutation un véritable terrain d’expérimentation artistique. Chaque geste tactile peut générer une image, une mélodie, voire une expérience immersive. Ainsi, n’importe quel utilisateur peut devenir créateur grâce à de nombreuses applications de XR et IA performantes, parmi lesquelles CapCut, Krea AI, MagicX, ArtyMe, OpenAI Sora, Just a Line ou XR Creator. Le choix est plus que varié, mais faut-il encore avoir de bonnes idées !

Vision fragmentée d'un paysage enneigé parcourue d'effets glitchés.
Hektor © Isabelle Gagné

Explorer de nouvelles formes de narration

Si l’utilisation du smartphone dans les pratiques artistiques tend à se démocratiser, le phénomène ne date pas d’aujourd’hui. En 2009, au Québec, Isabelle Gagné, aussi connue sous le nom de MissPixels, se tournait déjà vers la phonéographie en utilisant des appareils mobiles comme principaux médiums d’expression artistique. En parallèle à ses recherches, elle fondait alors le Mouvement Art Mobile (MAM) avec Sven et Erik Beck (beckibecko), tout en intégrant à sa démarche des « bots informatiques » déployés sur Internet.

Son projet Hektor en est l’illusration parfaite, ce dernier étant pensé pour créer et diffuser des images sur Twitter (@Hektor_Bot) à partir de ses propres photos ainsi que de celles des habitants du village de Saint-Camille. Encore expérimental à ses débuts, l’Art Mobile s’est depuis considérablement démocratisé avec l’arrivée successive des réseaux sociaux et de l’IA.

Gros plan sur une femme en robe blanche aux allures de poupée.
Diffused, 2025 © Francesco D’Isa
Portrait d'un homme noir dans un champ avec une cagoule sur la tête et des yeux très rouges.
Diffused, 2025 © Francesco D’Isa

Capturer l’instantané

Diplômé en philosophie et directeur éditorial du magazine culturel LIndiscreto, Francesco D’Isa incarne avec brio ce point de bascule : « Avec les outils d’IA stockés sur le cloud, il est désormais possible de créer des œuvres numériques directement depuis un smartphone. En fin de compte, le smartphone est devenu un outil comme un autre, puisque nous l’avons toujours avec nous. Surtout, il est parfait pour capturer ou développer une idée au moment où elle surgit. » Considéré comme l’un des pionniers de l’art numérique en Italie, l’autoproclamé « Pornpope » a notamment fondé Pornsaints, un collectif visant à développer une forme d’art contemporain qui sacralise et réinterprète la pornographie.

Plus concrètement, il s’agissait pour lui de transformer des performances et des figures du porno en symboles artistiques et spirituels, tout en explorant de nouvelles formes de narration et de création numérique…et ce, avec les outils de première main, dont les smartphones. Pour autant, la pratique de cet outil induit une contrainte majeure due à la publication sur les réseaux sociaux. « Le format vertical est adapté au partage sur les réseaux, mais il est moins idéal pour les expositions ou les projections. » À en croire Francesco D’Isa, ce ne serait pas là la seule contrainte : « Les vidéos de plus d’une minute et demie sont aussi souvent pénalisées par ces plateformes ».

Portrait d'une jeune fille au teint cadavérique.
Totem, 2026 © Francesco D’Isa
Portrait d'une jeune fille au teint cadavérique.
Diffused, 2026 © Francesco D’Isa

Sur son compte Instagram, Francesco D’Isa a parfaitement intégré ces deux contraintes, et y livre une œuvre spécifique qui se distingue par une création numérique fantastique et foisonnante, conçue via l’application Krea.ai et hautement influencée par les derniers films de David Lynch (Mulholland Drive ou Inland Empire). Le rendu est sidérant et semble avoir été mis au point après des heures de réflexion et de développement en studio. Mais non ! Toujours un pied dans la provocation, l’artiste autodidacte s’est même amusé, non sans humour, à reconstituer l’intérieur d’une des résidences d’Epstein, à partir de sources photographiques : troublant !

Des dizaines de personnes tendent leurs smartphones en l'air.
Smartphone Orchestra, de Steye Hallema © Kayhan Modaressi

La créativité comme expérience partagée

Inutile d’être une figure adoubée par le monde de l’art et des médias pour s’épanouir en tant que créateur. C’est désormais à la portée de toutes les personnes dont le cerveau regorge d’inventivité, et qui ont envie de s’exprimer de manière numérique, jusqu’à rendre leurs créations immersives et participatives. Steye Hallema, fondateur du Smartphone Orchestra, pousse cette idée de participation jusqu’au concert. À travers ses performances, l’artiste et concepteur néerlandais transforme chaque smartphone en instrument. Réunis au sein de différents auditoriums, les spectateurs deviennent compositeurs, leurs gestes déclenchant des sons et des harmonies. Ainsi, la musique émerge du collectif plutôt que d’un interprète unique. Ce dispositif montre comment le smartphone peut réinventer le live, combien il peut contribuer à faire disparaître la frontière entre le spectateur et l’artiste disparaît, combien la créativité peut devenir une expérience partagée.

Le smartphone et ses applications n’ont donc pas uniquement facilité l’accès à des outils, ils contribuent à rendre la création numérique communautaire et participative, tout en redéfinissant notre rapport au temps, à l’espace et aux autres. Les écrans, loin d’aliéner la créativité, deviennent des portails vers des univers interactifs et collectifs, où chaque geste peut transformer une image, une mélodie ou un récit. Le futur de l’art pourrait bien se dessiner dans la paume de nos mains.

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